Coupe du monde 2018 : un enjeu plus politique que sportif pour la Russie de Poutine

SOFT POWER – La Russie s’apprête à accueillir, du 14 juin au 15 juillet, le plus grand événement sportif de la planète : la Coupe du monde de football. Pour le pouvoir en place, l’enjeu dépasse très largement le seul cadre sportif. Éléments d'explications, à quelques jours du tirage au sort de la compétition, le vendredi 1er décembre (à partir de 15 h 45 sur TMC).

"C'est une grande chance de pouvoir présenter au monde entier notre pays sous son meilleur jour", avait indiqué à l'AFP Alexeï Sorokine, le directeur du comité d'organisation du Mondial 2018. Comme si la Russie n’en avait pas eu l’occasion récemment... Force est pourtant de constater qu’aucune autre nation n’a accueilli autant de compétitions sportives en aussi peu de temps : Jeux olympiques de Sotchi en 2014, Championnats du monde d’athlétisme en 2013, de natation en 2015, de hockey sur glace en 2016, auxquelles s’ajoute le Grand Prix de Formule 1, organisé désormais chaque année à Sotchi. Par l’immense exposition qu’il offre, le football a toutefois bien plus de valeur aux yeux du Kremlin.

Vladimir Poutine, en effet, dans sa volonté maintes fois exprimée de rendre à la Russie sa grandeur passée, sait que le sport est un puissant instrument,  et le foot plus particulièrement. Après avoir loupé le coche des Jeux d’hiver de 2002, le chef de l’État avait alors mobilisé les oligarques pour qu’ils rachètent, via leurs entreprises, les plus grands clubs de foot du pays : le CSKA de Moscou par Loukoil, le Rubin Kazan par Tatneft, le Zénith de Saint-Pétersbourg par Gazprom… Le géant pétrolier Gazprom qui, entre-temps, est aussi devenu l’un des plus grands argentiers de la Fifa à travers le sponsoring.

Rien n’est trop beau pour une démonstration de grandeur

"Le sport est un soft power idéal, car il est un symbole de puissance et de rayonnement, un vrai vecteur de “storytelling”. Et la Russie, dans ce domaine, est très en avance", expliquait au Monde Lukas Aubin, chercheur à l’université de Nanterre, qui concentre ses travaux sur le thème "Gouverner par le sport en Russie". Des sommes gigantesques ont ainsi été engagées, notamment dans la construction et la rénovation des douze stades, qui abriteront les matchs du tournoi. Y compris ceux à Saransk (45.000 places) et à Kaliningrad (35.000), où l'on sait d'avance que les enceintes demeureront des coquilles vides après la compétition... les matchs y attirant à peine 2.000 spectateurs en moyenne à l'année.

Mais rien n’est trop beau pour une démonstration de grandeur. Le budget global initial de 21 milliards d’euros devrait être allègrement dépassé. Le stade de Saint-Pétersbourg, à titre d’exemple, devait initialement coûter 7 milliards de roubles (100 millions d'euros)… et a finalement atteint les 40 milliards (577 millions d'euros). En outre, plusieurs chantiers vont s’ouvrir dans l’urgence dans les prochains mois, comme celui de l’hôtellerie (y compris à Moscou, où le nombre de chambres disponibles s’annonce insuffisant) et celui des infrastructures de transports (une nouvelle route circulaire autour de Moscou ; un TGV entre Moscou, Nijni Novgorod et Kazan, avec une extension vers Ekaterinbourg ; la rénovation des aéroports loin de la capitale…).

Toutes ces dépenses sont vues par le Kremlin comme des investissements. Environ deux millions de visiteurs sont attendus durant le Mondial et il s’agit déjà de soigner la vitrine pour donner envie à ce petit monde de revenir, plus nombreux. "S’il y avait eu une pièce de 50 centimes dans votre chaussette, ils l’auraient trouvée, témoignait un spectateur au sujet de l'impressionnant dispositif de sécurité déjà en place lors de la Coupe des Confédérations jouée il y a un an en Russie. Si la menace terroriste est prise au sérieux, il ne faut pas négliger l’aspect diplomatique pour un pays qui, en annexant la Crimée ou en soutenant Bachar El-Assad en Syrie, s’est marginalisé aux yeux de la communauté internationale. Pour Vladimir Poutine, le tournoi est d’abord une affaire d’image. Rappelons que le Président russe est au pouvoir depuis dix-sept ans et qu'il devrait, selon toute vraisemblance, être réélu en mars 2018.

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Coupe du monde de football 2018 en Russie

Plus d'articles

Sur le même sujet