"Un boycott du Championnat et de la Coupe de la Ligue par les clubs de Ligue 2 est tout à fait envisageable"

"Un boycott du Championnat et de la Coupe de la Ligue par les clubs de Ligue 2 est tout à fait envisageable"

INTERVIEW - Guy Cotret fera partie de la délégation qui sera reçue jeudi à 16h par Noël Le Graët, le président de la Fédération française de football (FFF), après la décision de la Ligue de football professionnel (LFP) d'accorder seulement deux montées en Ligue 1 à l'issue de cette saison. Pour metronews, le patron de l'AJ Auxerre explique la démarche frondeuse des présidents de clubs de Ligue 2 et détaille tous les recours envisagés pour riposter.

Quelle a été votre réaction en apprenant que le nombre de montées en Ligue 1 serait désormais limité à deux au lieu de trois  ?
Une profonde stupéfaction. Je n'avais pas imaginé que le nombre de montées et de descentes était un sujet aussi important pour la santé de notre football, et que la Ligue 2 était un boulet. Ce qui m'a rassuré, c'est que j'ai vite vu que je n'étais pas le seul.

Qu'est-ce qui a motivé cette décision selon vous ?
C'est la ligne Aulas, c'est clair. Il s'agit de faire main basse sur 80 millions d'euros de droits télé, dont certains sont spécifiques à la Ligue 2. Pourtant, ça ne fait que quatre millions par club. Ça permet de se payer un bon joueur à 180 000 euros par mois, c'est-à-dire que ce ne serait même pas un international. On considère, nous clubs de Ligue 2, que ce recrutement à quatre millions par club ne devrait pas changer l'économie de la Ligue 1. C'est une mauvaise manière qui nous est faite pour détourner l'attention du vrai sujet : la place du football français, pas assez attractif, et la faiblesse des droits télé, sans doute liée à la qualité du jeu. En gros, une incapacité de la Ligue à générer des ressources nouvelles. C'est compliqué mais d'autres y parviennent... La Ligue 2 sert ici de bouc-émissaire, alors que la plupart des équipes de Ligue 1 recrutent en Ligue 2, souvent à vil prix.

La procédure judiciaire que les présidents de Ligue 2 ont entamé lundi a-t-elle une chance d'aboutir alors qu'on se trouve dans le champ de la justice sportive et des règlements de la Ligue ?
Non, on se trouve dans le champ du droit administratif et de l'équité. La Fédération et la Ligue sont des délégations de service public. Ce n'est pas neutre. Il y a un grand principe selon lequel on ne change pas la règle du jour au lendemain en cours de concours. Prendre une décision de cette nature-là le 9 juillet, au début de la saison, n'est pas possible. Donc je pense qu'on a une vraie chance de gagner.

Que comptez-vous dire à Noël Le Graët, qui vous recevra jeudi ?
C'est lui qui veut nous voir. On réitèrera ce qu'on a déjà dit en assemblée mais c'est surtout lui qui a des choses à nous dire. Je rappelle qu'il est le garant du bon déroulement de l'ensemble des compétitions et que la Fédération est l'instance supérieure. Je pense qu'il a réfléchi à cette iniquité. Il donne une certaine solennité à cet entretien alors qu'il aurait pu nous contacter autrement.

Pensez-vous qu'il peut prendre les choses en en main et vous venir en aide ?
Je lui ai succédé à la présidence du Paris FC, je le connais très bien et j'ai une grande amitié pour lui. J'ai été déçu par sa première prise de position mais je pense qu'il n'avait pas tous les éléments du dossier. Il croyait, par exemple, qu'il y aurait un alignement avec les descentes et montées Ligue 2-National . J'espère que la dernière décision du conseil d'administration de la Ligue l'a contrarié. Peut-être que lui a pris une autre décision. Peut-être que, même chez Jean-Michel Aulas (proche de Le Graët, ndlr), le bon sens l'aura emporté. On ne peut pas mettre le foot français à feu et à sang pour protéger quelques clubs. Qu'est-ce qui motive le foot amateur et les équipes de National, si ce n'est de monter en Ligue 2 ? Le PSG et Monaco, c'est très bien, mais heureusement qu'il y a aussi les bénévoles et la formation. Tout le monde a le droit d'avoir l'ambition d'accéder au niveau le plus élevé.

Avez-vous renoncé à convoquer une assemblée générale extraordinaire pour révoquer le conseil d'administration (CA) de la Ligue ?
Non, pas du tout. On ne privilégie pas cette action pour le moment. C'est l'arme nucléaire. On préfère l'utiliser quand on aura épuisé toutes les voies de négociation. D'abord, il y aura cette rencontre avec Noël Le Graët, ensuite ce référé devant le tribunal administratif, qui sera rapide. Si rien de tout ça n'aboutit, on ira sûrement plus loin.

Concrètement, il vous manquerait le soutien de quatre clubs de Ligue 1 pour obtenir la majorité absolue et donc la révocation du CA...
Mathématiquement, c'est exact. Mais deux clubs de Ligue 1 nous ont déjà assurés de leur soutien. Il ne reste donc plus que deux clubs à trouver. Vous savez, dans l'anonymat d'un vote à bulletin secret, tout peut se passer. Et il règne une certaine acrimonie contre le CA en place... Le but, c'est de ramener tout le monde à la raison. Les clubs de Ligue 1 sont tous concernés. Ils peuvent penser que ça leur donne une chance supplémentaire de ne pas descendre sauf qu'ils ne sont pas fous : ils savent très bien qu'une fois qu'ils sont descendus, c'est la guerre pour remonter.

Au-delà du boycott du tirage au sort de la Coupe de la Ligue, il se dit que les clubs de Ligue 2 pourraient carrément boycotter la compétition en elle-même, est-ce une hypothèse crédible ?
On l'a évoqué, aucune décision n'a été prise donc ça reste tout à fait envisageable, si on n'obtient pas satisfaction. On a aussi parlé de ne pas reprendre le Championnat. On verra au fur et à mesure. Les présidents de Ligue 2 sont vraiment très déterminés et solidaires. Mais je n'oublie pas qu'un boycott reviendrait à punir nos supporters et nos sponsors. C'est à manier avec délicatesse.

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