Van Dijk, Ronaldo, Mané... Ce que le classement du Ballon d’or 2019 ne dit pas

Van Dijk, Ronaldo, Mané... Ce que le classement du Ballon d’or 2019 ne dit pas
Football

FOOTBALL – Le Ballon d’or 2019 a, sans surprise, été décerné à Lionel Messi une 6e fois lundi soir. Mais le détail de son classement a aussi révélé d’autres choses. Lecture alternative.

À chaque année son Ballon d’or et son sempiternel débat. Faut-il, au moment de décerner la plus prestigieuse récompense individuelle, synonyme de statut de meilleur footballeur du monde, privilégier la dimension collective, en tenant compte du palmarès de l’année venant de s’écouler, ou plutôt se focaliser sur les performances personnelles ? Longtemps, les journalistes votants ont fait le premier choix. Mais au tournant du XXIe siècle, la seconde option a nettement pris le dessus. Avec des mécontents dans tous les cas (les partisans de l’autre raisonnement).

L’édition 2019 n’a pas contesté cette tendance : Lionel Messi, avec un seul titre de champion d’Espagne à faire valoir collectivement, mais avec une feuille de statistiques proprement monstrueuse (30 buts et 9 passes décisives en 28 matchs de Liga, 8 buts et 5 passes décisives en 11 matchs de Ligue des champions), rafle la mise pour la 6e fois, tandis que les joueurs de Liverpool, malgré deux finales de Ligue des champions coup sur coup dont une remportée en mai grâce à un jeu collectif merveilleusement bien rodé, doivent se contenter des places d’honneur, comme les Bleus champions du monde en 2018. 

Reste tout ce que le classement ne dit pas de prime abord. Passage en revue.

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Van Dijk, bien plus qu’un second

Rappelons, pour commencer, comment fonctionne le vote : 208 journalistes, à raison d’un par pays, choisissent chacun cinq joueurs et les classent, chaque joueur désigné se voyant ainsi attribuer des points en fonction de ce classement (6 pour le premier, 4 pour le second, trois pour le 3e, deux pour le 4e et un pour le 5e) et le vainqueur étant celui qui accumule le plus de points. À ce sujet, il est intéressant de noter que le second du classement, le défenseur de Liverpool Virgil van Dijk, a été plus souvent placé à la 1ère place que Lionel Messi (69 fois contre 61). Ce qui explique l’écart extrêmement serré entre eux (686 points pour l’Argentin, 679 pour le Néerlandais), le plus serré de l’histoire avec un collège de votants aussi large. Le dauphin, loin d’être frustré, s’en est même réjoui : "C'est beau de voir qu'un défenseur peut être si proche de gagner."

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Ronaldo, bien plus qu’un absent

On l’avait appris avant même la cérémonie : Cristiano Ronaldo, vexé de ne pas être sacré, ne viendrait pas. L’absence a forcément fait causer et lorsqu’un journaliste a évoqué le sujet devant Virgil van Dijk, cela lui a inspiré cette réponse un brin égotique : "Était-il vraiment un rival ?" Le Portugais, qui a tout de même terminé 3e, n’a pas apprécié.

Sa sœur, Katia Aveiro, s’est chargée de le faire savoir, via Instagram et le message suivant, dont nous vous traduisons les meilleurs extraits : "Cher Virgil, partout où Cristiano Ronaldo est allé, il est devenu le meilleur joueur de l'histoire du club. (...) Le Real Madrid, ça vous dit quelque chose Virgil ? Peut-être, parce que c'est le club, avec un gars nommé Cristiano, qui vous a battu en finale de la Ligue des champions (3-1, le 26 mai 2018). La même épreuve que Ronaldo a remporté à cinq reprises. (...) Maintenant, gagnez des titres, ceux qui comptent vraiment, et ensuite nous parlerons." Et paf !

L'occasion de constater, si besoin en était, que ce trophée demeure un objectif, pour ne pas dire une obsession, aux yeux des monstres sacrés qui le vampirisent depuis plus d'une décennie. Ce que, chose rare, Lionel Messi a lui-même reconnu en déclarant lundi soir : "J'appréciais d'avoir cinq Ballons d'or et d'être le seul dans ce cas-là. Quand Cristiano a égalisé (en 2017, ndlr), je dois reconnaître que ça m'a fait un peu mal, je n'étais plus du tout au sommet."

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Un "scandale" Sadio Mané ?

Si ceux qui privilégient le prisme collectif ont, comme d’habitude, crié à l’injustice, ils ont, cette année, présenté un argument particulier pour s’indigner du fait que le Sénégalais Sadio Mané n’ait pas été plébiscité : "Peut-on juger que Messi sera le meilleur joueur de l’histoire ? Oui. Peut-on juger que Messi est le meilleur joueur du monde actuellement ? Oui. Peut-on juger qu’il a fait la meilleure saison en 2019 ? Non. Peut-être que les gens verront ça comme de la victimisation, mais il (Mané) est africain. Et c’est pour ça qu’il est 4e. Vous pouvez le tourner dans tous les sens, c’est pour ça qu’il est 4e. C'est un scandale pur et simple",  a ainsi taclé, à titre d'exemple, l’ex-défenseur et capitaine du Sénégal, Habib Beye, lundi soir sur Canal+. 

Un son de cloche repris par d’autres, mais qui ne résiste pas à l’épreuve des faits. Car si l’on ne tient compte que des votes africains (30% du collège, tout de même), c’est toujours Lionel Messi qui arrive en tête (187 points), devant Sadio Mané (170) et Virgil Van Dijk (154). Alors qu’à l’inverse, les seuls journalistes européens auront placé Lionel Messi à la seconde place (194 points), mais derrière Virgil van Dijk(231), Sadio Mané terminant 4e, comme sur chacun des autres continents. Notons enfin que le journaliste français (Pascal Ferré de France Football) fait partie des 17 votants à avoir placé Sadio Mané en tête.

Pour la petite histoire, en marge de la cérémonie, Lionel Messi a révélé que lors des Trophées "FIFA The Best" (lors desquels les joueurs et les entraîneurs votent pour désigner leurs pairs) il avait voté... pour Sadio Mané.

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Et sinon ?

Sinon, les résultats recèlent leur lot de singularités. Comme ce vote très puriste du journaliste sri-lankais ne citant aucun des sept premiers du classement et plaçant en tête l’arrière droit anglais de Liverpool, Trent Alexander-Arnold. Par ailleurs, deux votants ont placé un Français, en l’occurrence Kylian Mbappé (6e au classement final), à la 1ère place, à savoir ceux du Kirghizistan et de la Slovénie, quand deux pays, le Guatemala et la Côte d’Ivoire, ont été les seuls à plébisciter un gardien, le Brésilien de Liverpool, Alisson Becker. Enfin, sur les 30 joueurs nommés, ils sont trois à n’avoir pas reçu le moindre point : Joao Felix, Marquinhos et Donny van de Beek.

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