Vente de l'OM : une rumeur et des questions

Le centre d'entraînement Robert Louis-Dreyfus, le lieu de vie de l'OM à Marseille.
Football

EFFERVESCENCE - Mourad Boudjellal a annoncé porter un projet pour le rachat de l'OM, financé par des fonds du Moyen-Orient et piloté par un intermédiaire franco-tunisien. L'ancien président du RC Toulon compte présenter une offre la semaine prochaine. Une ambition "pharaonique" qui soulève autant de doutes que d'espoirs.

C'est la rumeur qui met le port de Marseille en ébullition. Aux terrasses ensoleillées des cafés, sur les étals du marché aux poissons du Vieux-Port, ou encore devant les kiosques à journaux, toute la ville n'a que la possible vente de l'OM à la bouche. Plusieurs fois évoquée et autant de fois démentie, la possible cession du club phocéen, passé sous pavillon américain depuis 2016 et l'arrivée de l'homme d'affaires Frank McCourt à sa tête, met en émoi la Canebière et ses environs.

Les supporters phocéens se prennent à rêver depuis que Mourad Boudjellal, l'ancien président du Rugby Club Toulonnais, a révélé vendredi 26 juin "porter" un projet de reprise financé par "des fonds étatiques et privés du Moyen-Orient". Mais ce spectaculaire effet d'annonce de l'ex-dirigeant du rugby, qui cherche à faire une entrée par la grande porte dans le milieu du football après s'être attaqué à l'Athlético Marseille et au Sporting Club de Toulon, suscite de vives interrogations. 

Qui se cache derrière cette offre ?

Dans ce dossier, qu'il a lui-même qualifié de "pharaonique", Mourad Boudjellal a joué cartes sur table. Le fondateur et ancien PDG de la maison d'éditions de bande dessinée Soleil Productions a affirmé être "porteur d'un projet de rachat de l'Olympique de Marseille", reposant sur "des fonds étatiques et privés du Moyen-Orient" qui proviennent "du pétrole, de l'eau et de l'énergie". Ces investisseurs sont amenés par un "homme d'affaires franco-tunisien très important", dont il a pris soin de ne pas dévoiler l'identité. Selon plusieurs sources, dont l'AFP, il s'agirait de Mohamed Ayachi Ajroudi. Cet ingénieur, décrit comme "sulfureux", disposerait de nombreux contacts dans le Golfe et serait l'intermédiaire adossé à cette offre de reprise de l'OM.

Selon Le Figaro, une enveloppe de 700 millions serait consacrée à cette opération qui donne le vertige. Elle serait décomposée comme suit : 300 millions d'euros pour le rachat, 200 millions d'euros pour éponger les dettes du club et encore 200 millions d'euros pour le mercato. "Quand on aspire à faire une offre d'achat et gérer l'OM, il faut avoir les moyens", a assuré Boudjellal à L'Équipe, sans confirmer ces chiffres. Preuve du sérieux de la démarche, celui qui aspire à la présidence olympienne a indiqué qu'une banque d'affaires privée a été "mandatée". "L'offre sera transmise à Frank McCourt la semaine prochaine", a-t-il précisé. 

Toutefois, plusieurs éléments peuvent prêter au scepticisme. Mourad Boudjellal, qui a pris la direction du Sporting Club de Toulon avec une clause suspensive, a expliqué avoir tenté, en vain, de se libérer de l'engagement avec les investisseurs du Moyen-Orient pour privilégier Toulon, laissant penser qu'il suivrait le projet à contre-cœur. Citée dans le deal, la banque d'affaires Rothschild n'a jamais été contactée. "Rothschild dément formellement être associé de près ou de loin à la vente de l'OM", a fait savoir à L'Équipe un porte-parole de la banque. "Il n'y a ni recherche de financement ni mandat de vente qui lui ait été confié." L'origine des fonds (l'Arabie saoudite ?), tout aussi floue, fait quant à elle resurgir le spectre de Jack Kachkar. En 2007, l'homme d'affaires canadien avait tenté de racheter le club... mais n'avait pas réuni la somme d'argent nécessaire.

Pourquoi ce projet de rachat a-t-il été révélé ?

Mais l'identité des investisseurs derrière ce projet de rachat n'est pas la seule zone d'ombre. Le timing et le choix de l'annonce ont en effet de quoi surprendre. Et interroger sur le but recherché par le clan Boudjellal. "C'est surprenant. Si on veut racheter l'OM, on se fait discret sur l'opération", a confié Gervais Martel, ancien président du RC Lens, samedi 27 juin à RTL. "On ne commence pas à annoncer dans la presse à quel moment ça va être repris." Habituellement, par peur de compromettre les discussions, ces tractations se font dans le secret des salons des grands palaces. 

La stratégie de révéler dans la presse l'intérêt pour l'OM a pourtant été décidée en haut lieu. "C'est la décision stratégique qui a été prise de s'afficher au grand jour. C'est une façon de faire un contre-pied. On est sûrs de notre proposition et de la viabilité de notre offre", a expliqué Mourad Boudjellal qui, engagé par ailleurs pour prendre la présidence du Sporting Club de Toulon, l'équipe de football de sa ville natale, reléguée en National 2, a été "obligé d'abattre (ses) cartes" par souci de transparence.

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D'après L'Équipe, une autre raison aurait poussé les investisseurs du Moyen-Orient à sortir du bois : deux groupes seraient également à l'affût pour racheter l'Olympique de Marseille, qui participera à la Ligue des champions pour la première fois depuis 2013. Ce qu'a confirmé à demi-mot l'ancien dirigeant du RCT : "C'est peut-être pour ça qu'on s'est dévoilé officiellement".

McCourt peut-il vraiment vendre l'OM ?

En se déclarant ainsi pour l'OM, Mourad Boudjellal a aussi mis un coup de pression au clan McCourt. Il a obligé la direction olympienne à prendre position. Venu devant les médias pour annoncer la prolongation de Dimitri Payet, le président Jacques-Henri Eyraud a répondu aux ambitions de rachat du club phocéen. "Je remercie toujours les gens qui portent un intérêt y compris financier pour l'OM. Nous ne sommes pas intéressés à la cession de l'OM", a expliqué "JHE". "L'OM n'est pas à vendre." 

Ce qu'avait annoncé l'ancien dirigeant du rugby dans un entretien au Phocéen : "Si demain je voulais vendre quelque chose, la première chose que je dirais c'est que ce n'est pas à vendre. Est-ce une stratégie ou est-ce que c'est vraiment que le club n'est pas à vendre ? Eyraud peut dire ce qu'il veut, je respecte son travail, mais si demain Frank McCourt veut vendre, il vendra."

Alors bluff ou pas bluff ? Si la direction olympienne a répété que le club n'était pas à vendre, assurant s'engager sur "le long terme", en interne Frank McCourt serait à l'écoute. En bon homme d'affaires, l'Américain ne voudrait pas le faire savoir, par peur de se mettre en position de faiblesse vis-à-vis d'un potentiel acquéreur et voir ainsi le prix être déprécié. Alors que l'OM traverse une période délicate d'un point de vue financier, avec des pertes colossales (91 millions d'euros en juin 2019) qui se creusent, le promoteur immobilier a été aussi impacté personnellement par le crise du Covid-19. Il pourrait voir d'un bon œil l'offre décrite plus haut, qui lui permettrait de ne pas trop perdre dans l'affaire. Lui seul connaît le fin mot de l'histoire.

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