Chapecoense, un an après : une renaissance sportive réussie mais des familles laissées pour compte

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RECONSTRUCTION - Un an après l'accident d'avion qui a décimé son équipe, le club de Chapecoense s'est reconstruit avec du cœur. La modeste formation brésilienne est parvenue de justesse à se maintenir en première division avec un effectif entièrement rebâti. Mais ce succès sportif contraste avec la douleur toujours vive des familles des victimes, qui réclament réparation.

C'était il y a un an, jour pour jour. Le 28 novembre 2016, le crash d'un vol de la compagnie bolivienne LaMia décimait l'équipe de Chapecoense alors qu'elle ralliait Medellin en Colombie afin de disputer la finale aller de la Copa Sudamericana, l'équivalent sud-américain de la Ligue Europa. Dans cette tragédie, 71 personnes, sur les 77 à bord, avaient trouvé la mort. Parmi les victimes : 19 joueurs de la modeste formation, 14 membres du staff et 20 journalistes dépêchés pour l'événement. Dans l'accident, seuls trois joueurs ont survécu : le gardien Jackson Follmann, amputé d'une jambe et désormais ambassadeur du club, le défenseur Neto, attendu sur les terrains en 2018, et le capitaine Alan Ruschel, qui a depuis rejoué.

Une équipe reconstruite de A à Z

Dévasté, Chape ne s'est pas laissé mourir. La volonté première a été d'honorer la mémoire des disparus et aider les survivants. Il a d'abord fallu essuyer les larmes et faire son deuil. Puis rebâtir une équipe de toutes pièces en un temps record. "En vingt-cinq jours, on a fait signer 24 joueurs, ça doit être un record du monde", confiait en août à L'Équipe Rui Costa, le directeur exécutif du club. "Nous avons passé vingt jours ininterrompus, de huit heures du matin à dix heures du soir, en contact avec des agents et des joueurs. C'était très compliqué, mais nous sommes parvenus à présenter une nouvelle équipe", a rappelé à l'AFP Nivaldo Constante, directeur sportif de Chapeco. Au total, 31 joueurs ont été recrutés. 

Le 21 janvier 2017, quasiment deux mois après l'accident, le nouvel effectif a été dévoilé lors d'un amical chargé d'émotion contre le champion brésilien Palmeiras. À cette occasion, et en écho à une proposition de l'Atletico Nacional, l'autre club finaliste de la Copa Sudamericana, le trophée a été remis à Chapeco en guise d'hommage posthume aux victimes du crash. En mai, le club s'est adjugé de manière inespérée le championnat d'État de Santa Catarina, premier titre depuis la catastrophe aérienne. Mais ce succès n'a pas suffi à relancer le petit poucet. Avec un calendrier infernal, entre tournois internationaux et matches amicaux en hommage aux victimes, l'équipe a commencé à perdre pied, menacée de relégation.

Ruschel, le miraculé qui rejoue au foot

Dans ce marasme sportif, entre deux évictions d'entraîneur, l'éclaircie est venue d'Alan Ruschel. Le 7 août, 252 jours après le tragique accident, le capitaine rescapé a fait son retour sur les terrains de football, au Camp Nou, face au grand Barça de Lionel Messi. De là, sans doute, est repartie l'étincelle. Les semaines suivantes, la modeste formation de l'État de Santa Catarina a retrouvé des couleurs pour assurer le 17 novembre 2017 son maintien inattendu en première division, à trois journées de la fin du championnat.


Sur le terrain, il a donc fallu 353 jours au club brésilien pour prouver sa résurrection sportive. Un exploit improbable tant l'affaire était mal embarquée et que les chances de Chapecoense semblaient fondre comme neige au soleil au beau milieu de l'été. 

Entre deuil et colère, le combat des familles

Mais les méthodes des dirigeants pour reconstruire Chapecoense sont loin de faire l'unanimité parmi les familles des victimes. Depuis un an, elles sont engagées dans un combat permanent pour obtenir réparation. "Le club s'est reconstruit, a obtenu tout le soutien nécessaire, a fait de la publicité autour du drame, mais les familles ont été laissées de côté", a déploré auprès de l'AFP Fabienne Belle, qui a perdu son mari Cezinha, ancien kiné de l'équipe brésilienne. Avec Mara Paiva, veuve d'un commentateur sportif décédé lui aussi lors de l'accident, elle a fondé une association de défense des familles de victimes.


Un an après la catastrophe, la situation de certaines familles demeure en effet délicate. Financièrement la plupart du temps. "Il y a des gens qui sont dans le besoin. Leurs conjoints étaient en début de carrière. Certains étaient masseurs et gagnaient leur vie au jour le jour", a déclaré Rosangela Loureiro, veuve du milieu Cleber Santana, passé par l'Atlético Madrid. Ce à quoi Chapeco a répondu en assurant à l'AFP avoir "offert tout son soutien aux familles depuis le début", en favorisant des reconversions au sein même de la structure sportive.

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Un soutien moral et pécunier dont les familles des disparus auront besoin alors qu'elles ont récemment refusé l'indemnité de 200.000 dollars offerte par la compagnie LaMia pour éviter que l'affaire aille devant les tribunaux. Un long combat judiciaire se profile. 

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