Coup de pied d'Evra sur un supporter de l'OM : "Une situation anormale qui a entraîné un comportement anormal"

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INTERVIEW - Jeudi soir, la situation a dégénéré entre Patrice Evra et quelques fans de l'OM, qui avaient fait le déplacement à Guimaraes, pour affronter le club portugais lors de la 4e journée de la Ligue Europa. Désormais préparateur mental, l'ancien joueur et entraîneur adjoint du PSG Denis Troch est revenu pour LCI sur le "high kick" de l'ancien capitaine des Bleus asséné à un supporter phocéen.

Un coup de sang qui fait jaser. En marge du déplacement de Marseille sur la pelouse du club portugais de Guimaraes, jeudi soir en Ligue Europa (défaite de l'OM 1-0), Patrice Evra a été exclu pendant l'échauffement pour avoir frappé un de ses supporters qui le prenait à partie au bas des tribunes. L'Olympique de Marseille a ouvert une enquête interne pour déterminer "toutes les responsabilités". L'UEFA a, pour sa part, fait savoir ce vendredi que la Commission de discipline allait statuer sur le cas de l'ancien capitaine des Bleus, le 10 novembre prochain. 


Joint par LCI, l'ancien joueur puis entraîneur adjoint du PSG Denis Troch - reconverti dans le management et la préparation mentale - est revenu cette altercation avant la rencontre. Selon lui, il y a un besoin de protection physique et surtout mentale. 

LCI : Comment avez-vous réagi au geste de Patrice Evra ?

Denis TROCH : Je suis surpris mais sachez que dans ces situations anormales, les comportements sont tout aussi anormaux. Je suppose qu'il a dû être touché par des remarques sur sa personne, pas sur sa qualité de joueur. Les sportifs de haut niveau sont habitués à être jugés et comparés. Ne serait-ce que par la presse qui note leurs prestations... Ça ne les touche plus. La grande difficulté, c'est quand on s'attaque à l'humain. Il y a des protections physiques et mentales à mettre pour éviter que ça se reproduise.

LCI : Le fait qu'Evra soit agacé par sa situation à l'Olympique de Marseille, où il joue de moins en moins, a-t-il pu cristalliser les tensions et le faire sortir de ses gonds ?

Denis TROCH : Je ne sais pas combien de matches il a pu disputer dans sa carrière (plus de 800 rencontres, ndlr) mais, pour autant, ça ne l'a pas fait dégoupiller. Les joueurs comme lui savent gérer ce type de situations. Mais quand l'environnement ne leur est plus (ou pas) propice, ces comportements peuvent être exacerbés. C'est pour cela qu'il y a un réel besoin de protections. Savoir se protéger des agressions physiques, et dans ce cas verbales. Si on ne sait pas se protéger, on court un risque. La réponse à un réflexe de peur peut alors se transformer en agression.

Des comportements hors normes, on en voit tous les joursDenis TROCH

LCI : Jeudi soir, Patrice Evra en est venu aux mains (ou au pied) avec les supporters de son propre camp, contrairement à ce qu'on avait pu voir jusqu'ici...

Denis TROCH : Je ne veux même pas savoir qui a commencé. Supporters, joueurs ou entraîneurs, des comportements hors normes, on en voit tous les jours. On est alerté. Je ne veux pas porter de jugements mais je suis interloqué. Certains soufflent comme s'ils voulaient attiser la braise. Si on siffle un des joueurs de son équipe, c'est comme si on jouait à 10 contre 11. On va à l'encontre de son club. C'est un peu bizarre. Croyez-moi, ce n'est pas une leçon de morale, c'est un simple constat.

Quand ça arrive, on voit rouge (...) et on devient difficilement rattrapableDenis TROCH

LCI : Avez-vous vous-même déjà été sujet à ce type de comportement ?

Denis TROCH : Bien entendu. Mais encore faut-il en avoir conscience... Quand ça arrive, on voit rouge. Dans ces conditions, on devient difficilement rattrapable. Tout est exacerbé, multiplié par dix. Le raisonnement que l'on peut avoir sous stress peut être totalement différent d'un comportement que l'on aurait en étant lucide. C'est en partie l'une des raisons pour lesquelles je suis sorti du football. J'ai pris conscience que j'avais plus à transmettre qu'à apporter sur le terrain.

LCI : Comment peut-on éviter ce genre de coups de sang à l'avenir ?

Denis TROCH : Comme je vous le disais, je suis sorti du milieu du football parce que je jugeais qu'il me manquait des choses. On ne nous apprend pas à prendre des décisions ou à nous sublimer. Des choses essentielles dans la vie de tous les jours. Il est essentiel pour tenir une carrière et en sortir d'avoir un alignement entre ce qu'on a été, ce qu'on est et ce qu'on va devenir. Selon moi, il y a des choses à revisiter. Avant, on était footballeur sans vraiment s'y attendre. Notre cheminement nous amenait toutefois à devenir professionnel. Aujourd'hui, très tôt chez les jeunes, c'est un métier. Ce n'est pas quelque chose de choisi par l'enfant, c'est proposé. Il faudrait aussi éviter de se servir des valeurs du sport à tout bout de champ. On les utilise mais elles ne sont pas forcément ressenties comme elles doivent ou devraient l'être. Quant à l'idée de mettre en place des formations, il faut d'abord que les gens soient à même de les entendre. C'est un gros programme mais il y a de la place pour éduquer. Leur apprendre à se protéger. Savoir dire non. Se permettre.

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