Vincent Candela : "Les arrières latéraux sont moins bons qu’avant parce que tous les joueurs sont moins bons"

Football

INTERVIEW – On a sollicité l’ex-arrière gauche Vincent Candela, 40 sélections durant l’âge d’or de l’équipe de France (de 1996 à 2002), pour évoquer la pénurie de latéraux qui a conduit Didier Deschamps à rappeler Patrice Evra et à convoquer des joueurs tels que Lucas Digne, Djibril Sidibé ou Sébastien Corchia. On a été surpris par son explication du phénomène.

LCI : Pourquoi, selon vous, les très bons arrières latéraux sont-ils devenus plus rares qu’à l’époque où , quand vous étiez titulaire indiscutable à la Roma, vous étiez remplaçant chez les Bleus ?

Vincent Candela : Il y a moins de bons latéraux tout simplement parce que le niveau du football a globalement baissé, dans tous les Championnats et donc en équipe de France. Aujourd’hui, ils courent beaucoup plus vite, c’est plus physique, mais la vitesse de prise de décision, pour savoir s’il faut jouer à une ou deux touches, s’il faut dribbler, elle, a baissé. La qualité technique est à peu près la même, mais on réfléchit moins vite aujourd’hui, et cette capacité à voir avant, à décider vite et bien, c’est ce qui distingue les grands joueurs des autres.

LCI : Mais on a l’impression que la pénurie est plus importante à ce poste-là...

Vincent Candela : Je suis d’accord. Être arrière latéral, ce n’est vraiment pas un poste facile. Il faut savoir aider le défenseur central et le milieu de terrain, tout en attaquant. Mais, pour attaquer, il faut aussi regarder si l’autre latéral est bien positionné. Ça demande une rapidité de pensée assez importante. C’est quelque chose qu’on a fini par négliger et c’est pour ça qu’il y a moins de bons joueurs à ce poste.

LCI : Vous parlez d’une baisse globale mais il y a encore de grands attaquants, Ronaldo, Messi, Griezmann en équipe de France. En quoi le cas des latéraux est-il si particulier ?

Vincent Candela : Si vous regardez l’équipe de France d’il y a quinze ans, il y avait beaucoup plus de bons joueurs à tous les postes. En attaque, en 1998, on avait Trezeguet et Henry sur le banc... Ailleurs vous aviez Ronaldo, Crespo, Bastistuta... Le niveau a baissé partout. La différence qu’il y a entre Maradona et Messi – l’un a fait gagner l’Argentine et l’autre non –, c’est la même qu’entre Zidane et Griezmann par exemple. Chez les latéraux, on peut comparer Roberto Carlos à Marcelo. Aujourd’hui, beaucoup de joueurs qui sont titulaires n’auraient même pas été remplaçants à mon époque. Souvenez-vous de Thuram, Blanc, Desailly, Lizarazu, Deschamps, Petit… C’était un autre niveau. Les latéraux suivent en parallèle.

LCI : On demande au latéral d’être extrêmement complet aujourd’hui, n’est-ce pas devenu plus dur de l’être?

Vincent Candela : Mais à mon époque aussi il fallait défendre et attaquer. Bien défendre et partir de derrière, c’est précisément ce qui faisait la différence. Pouvoir ensuite centrer, aider les attaquants, marquer cinq, six buts dans l’année... Franchement, non ce n’est pas plus dur aujourd’hui, c’est même plus facile.

LCI : Pour vous, Patrice Evra fait-il partie de cette caste des grands latéraux ?

Vincent Candela : Oui, bien sûr qu’il fait partie des derniers grands latéraux. Il n’a pas toujours été en équipe de France mais il y a quinze ans, il gagnait déjà avec Manchester United. Aujourd’hui il gagne avec la Juve. Il a l’expérience, l’intelligence, la technique pour bien centrer et aider les milieux et les attaquants. Ses successeurs ? Honnêtement je ne peux pas en parler, je ne les connais même pas. Il faudrait les voir au moins dix match en équipe de France pour dire s’ils sont ou non à la hauteur. En tout cas, si Evra est revenu, c’est bien qu’il y a un problème.

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