A l'école juive Gan Ami de Marseille : "Notre école peut être une cible"

FRANCE

SÉCURITÉ – Quelques jours après les attaques à Charlie Hebdo et à l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, le ministère de l’Intérieur a décidé de renforcer la protection des écoles et lieux de culte de confession israélite, comme à l'école Gan Ami, à Marseille. Reportage.

Leur présence ne dissipe pas les inquiétudes. Postés devant le groupe scolaire Gan Ami du centre-ville de Marseille, des CRS assurent, sur consigne du ministère de l’Intérieur à la  suite des événements dramatiques de la semaine dernière, la protection des élèves et du personnel éducatif durant toute la journée. Bernard Cazeneuve a en effet annoncé que les 717 écoles et lieux de culte juifs de France seront gardés par 4.700 policiers et gendarmes. Des soldats seront envoyés en renfort dans les prochains jours.

"Ça me laisse un sentiment mitigé, indique Fabrice, papa de 4 enfants dans l’école juive, car d’un côté je suis rassuré, mais de l’autre cela montre qu’il y a un danger permanent. C’est difficile d’expliquer à mes petits pourquoi des policiers sont ici."

"Ici, comme porte de Vincennes"

Le pas pressé, ce commerçant regagne sa boutique dans un quartier où nombre d’artisans de confession juive se sont installés. "C’est un peu comme porte de Vincennes ici, souligne David Zenou, le directeur général du groupe scolaire Gan Ami, qui accueille 900 élèves. Avec les commerces aux alentours, notre école peut être une cible".

Conscient de ce risque , après notamment à plusieurs actes antisémites à proximité ces derniers mois, David Zenou a entrepris de renforcer la sécurité de son établissement. Sur les fonds propres de l’école, un sas de sécurité a été installé pour accueillir les enfants. Des caméras de vidéosurveillance filment 24 heures sur 24 les allées et venues devant et dans le groupe scolaire.

"Pas normal d’imposer ce régime de vie aux élèves"

Des mesures de sécurité renforcées qui n’empêchent pas les moments de tension. "Surtout lors de l’arrivée et de la sortie des élèves, confie le directeur. Nous saluons la présence des CRS devant, mais nous avons aussi des parents qui quadrillent les rues pour éviter tout incident." Autant de moyens qui apaisent mais qui suscitent aussi un "profond chagrin" à David Zenou. "Il n’est pas normal de devoir imposer un tel régime de vie à nos élèves", souffle-t-il. "D’autant que les événements éprouvants de la semaine dernière sont difficiles à expliquer", ajoute-t-il en saluant le soutien apporté par une cellule psychologique.

Rassuré par l’élan républicain de ce week-end pour dénoncer les attentats à Charlie Hebdo et à l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes, le directeur attend désormais que "tous les actes antisémites soient fermement condamnés". Sans oublier la présence policière qu’il souhaite désormais pérenne devant son établissement.
 

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