À Marseille, le sexe a la vie dure

À Marseille, le sexe a la vie dure

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SOCIETE - Réputés pour leur sang chaud et leur bagou, les Marseillais fréquentent pourtant peu les clubs et les sex-shops. Et pour cause : l'offre est loin d'être pléthorique. Le secteur traverse crise dans la cité phocéenne.

Clara s’impatiente. Voilà une heure qu’aucun homme n’est tombé sous le charme de sa crinière auburn. Pourtant, sa peau métissée, ses yeux d’ébène et sa silhouette svelte, dévoilée par sa tenue légère en dentelle, sont des atouts de taille. "Les Marseillais parlent beaucoup, mais, au final, agissent peu", se désole la strip-teaseuse de 26 ans, qui faisait étape au début du mois avec la caravane du Salon de l’érotisme au parc Chanot.

Les sex-shops en panne

Un salon connu dans toute la France où les stands de lingerie fine côtoient les cabines de shows (très) privés, et même tournages de films X. De quoi attirer en masse tous les jeunes fougueux de la région. Et pourtant, "de 17 000 personnes il y a quelques années, le nombre de visiteurs est aujourd’hui passé à 11 000", regrette Florence Ferra, qui gère le bon déroulé du salon.

Et si le salon Eropolis était l’illustration de la désaffection des Marseillais pour les lieux voués au sexe ? Du côté des sex-shops marseillais, on fait grise mine également. "Avec l’explosion d’Internet, les clients ne se déplacent plus pour faire leurs achats coquins", explique le gérant d’ Eros Center dans le Ier arrondissement. "Résultat, certains commerces ferment", comme 1969, boulevard de la Corderie, ou Laura Vidéo, sur le Prado, remplacé il y a peu par un restaurant corse.

Des établissements "minables"

Mais le succès de l’e-commerce n’est pas la seule raison de cette ferveur en berne. Et pour les établissements qui résistent, les amateurs ont la critique sévère. Et regrettent l’absence de quartier dédié. "Ici, ce n’est pas comme à Paris avec le quartier de Pigalle : les sex-shops sur le cours Lieutaud sont assez minables, on a l’impression d’être au siècle dernier. Or les gens cherchent un design agréable et des produits de bonne qualité", souligne un sexologue qui préfère garder l’anonymat.

Résultat, les Phocéens ne trouvent pas forcément l’offre nécessaire pour assouvir leurs désirs. "Quand je sors le samedi soir, je trouve qu’il manque un peu de folie et d’ambiance plus légère…, regrette ainsi Frédéric, un fêtard trentenaire. Marseille reste un grand village et j’ai l’impression que les gens préfèrent sortir de la ville pour profiter de soirées un peu coquines, par pudeur. Ils vont à Aix ou dans le Var".

Une réaction pudique liée aussi à une problématique culturelle : les mentalités propres au Sud. En effet, "autour de la Méditerranée, les représentations sociales sont figées. Un homme doit être viril, entretenir sa femme", explique la sexologue Anaïs Papazian-Charney. Un cadre traditionnel qui favorise une certaine réserve. "Si beaucoup de cultures se côtoient ici, les gens ne se mélangent pas, par pudeur, au contraire du Nord et des capitales, où les habitants sont plus ouverts aux différences". 
 

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