A Toulouse, les sourds et malentendants ont leur auto-école

A Toulouse, les sourds et malentendants ont leur auto-école

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MOBILITE - Installé au terminus de la ligne B du métro à Ramonville, l'établissement propose des cours de code et de conduite traduits en langue des signes. Une initiative unique en Midi-Pyrénées.

Devant l'écran où défilent des questions sur le code de la route, une dizaine d'élèves enregistrent leurs réponses sur un boîtier orange. A priori, il s’agit d’un cours de code classique. Sauf que les élèves, tous sourds ou malentendants, se voient traduire leur leçon en langue des signes française (LSF) par Marc, un traducteur de 25 ans.

Ces cours, uniques en Midi-Pyrénées, ont vu le jour voilà deux ans et demi sous la houlette de Pascaline Baudrier, la gérante de l'auto-école métro Ramonville (AEMR) , elle-même malentendante. Bien que dans un cours de code classique les questions sont toujours posées par écrit, la monitrice estime que les élèves sourds ont besoin d’un suivi spécifique. "Certains sont analphabètes et, parfois, des mots utilisés dans les questions n'existent pas en langue des signes. Ici, le traducteur peut expliquer ces subtilités".

"J’ai obtenu mon code en deux semaines et demi"

En témoigne l’expérience de Kevin, 24 ans, qui tentait d'obtenir son code depuis quatre ans. Equipé d'une prothèse auditive qui lui permet d’entendre, il s’était inscrit dans une auto-école conventionnelle à Colomiers. "J'ai échoué quatre fois à l’épreuve. Les cours de code se déroulaient sans moniteur, je ne pouvais pas poser mes questions. Ici, j'ai eu mon examen en deux semaines et demi", raconte le jeune homme, qui va désormais suivre les cours de conduite adaptés.

Des leçons où le traducteur monte à l'arrière du véhicule pour épauler les quatre moniteurs qui adaptent leurs méthodes de travail. "Les cours sont plus longs, explique Mathieu l’un d'entre eux, on s'arrête plus fréquemment sur le bas-côté car on ne peut pas expliquer à l'oral les erreurs commises. En revanche, les élèves sont beaucoup plus attentifs à leur environnement".

Six mois d'attente pour s'inscrire à l'examen du code

Mais aussi plus motivés à l’idée d’acquérir "une nouvelle liberté", selon Pascaline Baudrier, qui met en avant leurs bons taux de réussite. "De l’ordre de 90 % pour le code et de 65 à 70 % pour la conduite". Pourtant, ils mettent plus longtemps à obtenir leur permis car les sessions d'examens adaptées sont plus rares. "Il faut attendre six mois pour une inscription au code et pour le permis de conduire les inspecteurs ne jouent pas toujours le jeu et refusent parfois qu'un traducteur monte dans le véhicule ce qui augmente les chances d'échecs", regrette la gérante.

Actuellement, une trentaine d'élèves sourds et malentendants venant de toute la région préparent leur permis de conduire à l'AEMR. Devant la demande croissante , Pascaline Baudrier a récemment ouvert un second établissement à Castres (Tarn) et prévoit de créer un site Internet avec traduction en langue des signes qui permettra de préparer le code à distance.

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