Admission post-bac : la Cour des comptes appelle à plus de transparence, la ministre dévoilera un nouveau dispositif début novembre

Admission post-bac  : la Cour des comptes appelle à plus de transparence, la ministre dévoilera un nouveau dispositif début novembre
FRANCE

ÉTUDIANTS - Alors que la Cour des comptes pointe du doigt dans un rapport publié ce jeudi les limites du système APB, le flou sur un nouveau dispositif devrait être levé début novembre par la ministre de l’Enseignement supérieur.

Créée en 2003 et étendue à tout le territoire en 2009, la plateforme APB avait mis fin aux longues files d'attente devant les facs pour les inscriptions. Mais cette année, avec 40.000 bacheliers supplémentaires désireux d'entamer des études et 100.000 étudiants en réorientation, le système a craqué : multiplication des tirages au sort pour les filières où les demandes sont supérieures aux places (notamment sport et psycho), 86.000 candidats sans réponse mi-juillet et quelque 3.700 encore sur le carreau fin septembre. Conséquence, la Cnil (Commission nationale informatique et libertés) a mis en demeure le ministère de l'Enseignement supérieur de "cesser de prendre des décisions concernant des personnes sur le seul fondement d'un algorithme". 

De son côté, la Cour des comptes épingle dans un rapport publié ce jeudi les limites du système pointant du doigt une méconnaissance des bacheliers sur le rôle exact de cette plateforme. Pour les filières sélectives, ce sont les établissements qui répondent aux candidats, tandis que pour les licences générales non sélectives, les réponses aux voeux des postulants sont apportées par des algorithmes, rappelle-t-elle.  Cette méconnaissance génère "un malentendu" causé par une politique de 

formation "inexistante" auprès des professionnels (conseillers d'orientation, professeurs principaux etc.) et une communication peu adaptée envers les lycéens. "Une plus grande transparence sur les procédures et les critères de sélection" des établissements qui sélectionnent les dossiers "permettrait de dissiper le sentiment d'opacité qu'éprouvent certains candidats", note la Cour. 

Par ailleurs, Le logiciel APB est géré par l'Institut national polytechnique (INP) de Toulouse. Si l'institution de la rue Cambon salue la relation, "peu formalisée", entre le ministère et l'INP pour sa "forte réactivité et son coût modéré" (900.000 euros par an), elle estime toutefois que "la gestion de la procédure devrait relever directement de l'Etat".  

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La fin du tirage au sort

Hasard du calendrier, cette enquête de la Cour des comptes réalisée principalement en 2016 est publiée ce jeudi, jour de la remise à la ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal de propositions de différents acteurs pour modifier les 

conditions d'entrée à l'université. Après trois mois de concertations intenses, la ministre devra trancher début novembre. Ses décisions, qui risquent de susciter une levée de boucliers chez certains, s'accompagneront d'un plan étudiants, deuxième pilier de la réforme, avec des mesures visant à améliorer les conditions de vie des jeunes.

Première décision qui devrait être prise par la ministre de l'Enseignement supérieur : "Nous devons définitivement tourner la page du tirage au sort. C'était le choix du gouvernement, c'est désormais une obligation légale et nous devrons trouver une solution dans les trois mois", a-t-elle déclaré lors de sa conférence de rentrée. Le but est aussi de "lutter contre la sélection par l'échec", a-t-elle dit en référence aux 60 % d'étudiants qui redoublent, changent d'orientation ou abandonnent à l'issue de la première année de licence. 

"Les délais sont courts. La plateforme APB ouvrait tous les ans le 20 janvier et les futurs bacheliers disposaient de trois mois pour enregistrer leurs vœux. Les réponses leur étaient communiquées à partir de juin. Suite à la décision de la Cnil, il va falloir modifier la loi en plus de régler les questions techniques pour la conception d'une nouvelle plateforme", a souligné la ministre. Mais "tout ce qui va concerner l'information, l'orientation, la préparation à la rentrée universitaire commencera dès la rentrée des vacances de la Toussaint (la semaine du 6 novembre, ndlr)". 

Des prérequis coercitifs ?

A partir du 20 octobre démarreront véritablement les tractations, via notamment des réunions bilatérales. Les propositions des uns et des autres diffèrent franchement. Certains, dont la Conférence des présidents d'université (CPU), prônent l'instauration de critères coercitifs. Au terme "sélection", qui fait figure d'épouvantail, le président de l'université de Cergy-Pontoise François Germinet préfère celui de "prérequis". Selon lui, "on doit tenir compte de la série du bac, l'avis du conseil de classe, peut-être les notes dans certaines matières", des critères laissés au choix de chaque université.

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APB : la galère continue pour les lycéens

A l'opposé, l'Unef (syndicat étudiants) ou encore le Snesup-FSU (syndicat des enseignants du supérieur) s'opposent fermement à toute forme de sélection ou de prérequis. "Nous sommes inquiets, on a le sentiment que des décisions ont 

été prises depuis longtemps et que cette concertation n'a été qu'un prétexte", déclare Lilà Le Bas, présidente de l'Unef. Une inquiétude renforcée par les propos d'Emmanuel Macron sur TF1 dimanche soir, ajoute-t-elle. Le président a déclaré que "des attendus, des qualifications minimales" seraient réclamés pour pouvoir s'engager dans une filière.

Entre ces deux positions, d'autres participants se disent "plutôt opposés aux prérequis, tout en voulant avancer", selon les propos de Jimmy Losfeld, président de la Fage, premier syndicat étudiants. La Fage propose de s'inspirer de plusieurs initiatives d'universités : Grenoble a supprimé les cours magistraux et renforcé les TD en première année de médecine (Paces) et des métiers du sport (Staps), tandis que Strasbourg permet à ses étudiants en maths-informatique de redoubler le premier semestre ou de se réorienter en milieu d'année. Le syndicat dit s'opposer aux prérequis coercitifs. La CPU réplique que des 

critères purement indicatifs ne sont pas suivis par les candidats et s'avèrent donc être inutiles.

Hausse du nombre de places en BTS et IUT

La plupart des participants sont en revanche d'accord pour réclamer une hausse du nombre de places en BTS et IUT, qui soient réservées en priorité aux bacheliers professionnelset technologiques. La fac est souvent un choix par défaut pour les bacs pro, suite à un refus en BTS, et ils ont peu de chance d'y réussir.

Une piste évoquée par le gouvernement est la création de BTS sport pour les bacs pro, afin de désengorger la filière Staps (Sciences et techniques des activités physiques et sportives), la plus touchée par le tirage au sort depuis plusieurs années. Tous les participants s'accordent pour demander la mise en place d'une véritable aide à l'orientation dès le début du lycée. Un point qui trouvera certainement sa place dans la réforme annoncée du baccalauréat, discutée à partir du mois prochain. 

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