"Atlas de la France toxique" : ces obus de la Grande Guerre qui nous empoisonnent encore

"Atlas de la France toxique" : ces obus de la Grande Guerre qui nous empoisonnent encore

POLLUTION - L'association Robin des Bois a publié mercredi un "Atlas de la France toxique", un livre recensant les plus grosses pollutions dans l'Hexagone. Parmi elles, un scandale enterré : les déchets de guerre, et particulièrement ceux de 14-18 qui, un siècle plus tard, posent de préoccupantes questions en matière de santé publique et d'environnement.

C'est une bombe écologique à retardement laissée par la "sale guerre" de 14-18. En juillet dernier dans la Meuse, à proximité de Verdun, sept agriculteurs s'étaient vus contraints par les autorités de ne plus vendre leur production de lait ou de céréales et de garder leurs bêtes à l'étable. Une mesure de précaution prise en raison de la pollution de leurs sols due à la Première Guerre mondiale : ces exploitations se trouvaient dans le secteur de la forêt de Spincourt, où dans les années 1920, d'énormes quantités de munitions chimiques non utilisées ont été volontairement regroupées pour y être détruites.

Des endroits toxiques comme la "Place à gaz", le surnom donné à ce lieu de Lorraine où plus rien ne pousse, l'association Robin des Bois en recense bien d'autres dans la partie consacrée aux déchets de guerre de "L'Atlas de la France toxique" (éditions Athaud) qu'elle a publié ce mercredi.

"La mer était une poubelle"

Les conflits de 1870 et surtout de 39-45 en ont eux aussi produit leur lot de munitions toxiques qui minent encore notre sol. Mais la Première Guerre se distingue par le nombre impressionnant d'obus potentiellement explosifs qu'elle nous laisse sur les bras : un milliard ont été tirés dans l'est et le nord du pays, où se sont concentrés les combats, dont on estime que 25% n'ont pas explosé.

Il y a ceux qui ont été enfouis après-guerre, par méconnaissance ou négligence, dans des "décharges" disséminées aux quatre coins du territoire. Ces grottes, lacs ou gouffres comme celui de Jarnel, dans le Doubs, au fond duquel ont été précipités 3.000 tonnes de projectiles désamorcés. Ceux qui reposent ici et là dans les sols, à quelques centimètres ou mètres de profondeur, risquant de polluer les nappes phréatiques et mettant en danger la vie des cueilleurs de champignons ou des agriculteurs. Ou encore ceux, des millions, qui dorment près de nos côtes au fond de l'océan.

"La mer était une poubelle car on estimait alors que c'était pratique et sécurisé d'immerger les munitions non utilisées...", explique à metronews Charlotte Nithart, co-auteur de L'Atlas de l'association Robin des Bois . Selon elle, "toute la façade atlantique mais aussi la Méditerranée sont concernées. Et avec l'érosion du temps, les munitions se délitent peu à peu et libèrent des polluants, de l'arsenic par exemple". Des obus menaçants à beaucoup plus court terme lorsqu'ils atterrissent dans un filet de pêche ou sur une plage, comme  en 2014 à Groix , où un jeune participant à un feu de camp avait été tué par un projectile explosif datant de 1915.

"Davantage d'information pour mettre fin aux comportements dangereux"

Avec le temps donc, les questions environnementales et sanitaires laissées par ce triste héritage se posent de manière de plus en plus préoccupante. Dans le Nord et le Pas-de-Calais, on le sait trop bien. "Depuis 2012, 500 communes sont soumises à des restrictions de consommation de l'eau potable, avec des consignes données aux femmes enceintes et aux mères de famille de ne pas l'utiliser dans les biberons à cause des teneurs en perchlorates, des composés toxiques qui étaient utilisés comme propulseurs et explosifs dans les bombes et munitions", souligne Charlotte Nithart.

Son association cite un chiffre, tiré d'un rapport sénatorial de 2001 : au rythme où elles travaillent aujourd'hui, "les équipes de déminage auront fini de sécuriser le sol français dans 700 ans" ! Les Robin des bois, poursuit-elle en remarquant que les pouvoirs publics ont tendance à minimiser le problème tant sa résolution est titanesque et coûteuse, demandent donc notamment "plus de moyens" pour les démineurs. Mais aussi des "recherches plus systématiques" des produits toxiques près des anciennes lignes de front, ou encore "davantage d'information à destination du grand public, pour mettre fin aux comportements dangereux".

Il y a un mois en effet, nous raconte Charlotte Nithart, l'association a appelé les démineurs après avoir elle-même été contactée par un adolescent se renseignant sur un obus en sa possession : en vacances chez sa tante à Marseille, il l'avait trouvé dans la cave et avait ramené cet objet non désamorcé, en train, chez lui à Paris.

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