Attentat de Nice : comment le camion a pu rouler 2 kilomètres sans être arrêté ?

FRANCE
QUESTIONS - Jeudi soir, 84 personnes sont mortes sur la Promenade des Anglais à Nice. La plupart ont été fauchées par un camion arrivé à toute vitesse après avoir parcouru plus de deux kilomètres. Au lendemain du drame, plusieurs questions sécuritaires se posent.

Le camion fou aura parcouru un peu moins de deux kilomètres avant de percuter et écraser 84 personnes à Nice sur la Promenade des Anglais le soir du 14 juillet. Arrivé à vive allure, il est rentré dans la foule et a tout renversé sur son passage avant que son conducteur, et tueur présumé, ne soit neutralisé par la police.

Le choc passé, la question de la sécurité se pose. En plein état d'urgence et Vigipirate renforcé, comment ce camion de 9 tonnes a-t-il pu parcourir une telle distance sans être arrêté ?

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► Comment le camion en est arrivé là ?
C'est la question que tout le monde se pose au lendemain du drame en tentant d'analyser le déroulé des faits. La circulation, elle, était interdite et le centre-ville interdit aux poids-lourds. Des barrières de sécurité avaient été placées tout au long de la promenade.

Selon les premiers éléments révélés par Nice Matin, le camion roulait à 80 km/h et "aucun dispositif de sécurité n'aurait pu le freiner sauf à dresser des murs de béton sur la promenade", avance même un délégué SGP Police FO que le quotidien cite.

► Des cordons de sécurité en amont
En vue du feu d'artifice du 14-juillet, la Promenade des Anglais était donc devenue totalement piétonne. En amont, des barrages avaient été installés, mais cela n'a pas empêché le camion de les transpercer. Une source policière indique que "de possibles dysfonctionnements" ont pu avoir lieu, sans pour autant pointer du doigt les policiers. "Il faut attendre l'évolution de l'enquête, tout se sait tôt ou tard. S'il y a eu une faille, cela se saura".

► Quelles forces de police présentes ?
Dans ce contexte, difficile de dire combien de policiers et de militaires étaient mobilisés à Nice pour ce 14-juillet. Que ce soit au niveau des barrages ou sur la Promenade, la sécurité était renforcée. Suffisamment ? C'est l'enquête qui le dira.

Pour Driss Aït Youssef, docteur en droit et expert des questions de sécurité et de terrorisme, même s'il faut attendre les résultats de l'enquête, la responsabilité n'est pas à mettre au crédit des policiers. "Avec le plan Vigipirate écarlate, le préfet charge la commune d'organiser la sécurité, mais cela ne relève pas de sa compétence. Même si Nice est souvent citée pour sa vidéosurveillance, la sécurité publique n'est pas son métier".

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► Un relâchement après un Euro bien maîtrisé ?
Depuis des mois, les gens redoutaient des attentats pendant l'Euro 2016. Au lendemain de la finale entre la France et le Portugal, Bernard Cazeneuve se félicitait d'une "réussite", après la mobilisation de 42.000 policiers, 30.000 gendarmes, 5.000 personnes de la sécurité civile, 13.000 agents de sécurité et environ 10.000 militaires. Pour cette même source policière, un relâchement n'est pas envisageable. "Je suis convaincu qu'il n'y a pas eu de relâchement. Après, il y avait encore le Tour de France, des manifestations comme le 14-juillet, etc."

► Ce genre d'attaque évitable ?
En période de risques terroristes, ce type d'attaque semble assez inévitable, d'autant que le tueur présumé n'était pas suivi par les services de renseignement. "Il n'y a pas de risque zéro. Les fouilles à l'Euro ont permis de les éviter au maximum, le risque a juste été abaissé. Un terroriste peut arriver avec une ceinture explosive et rentrer où il veut", assure la source policière.

Un élément étayé par Driss Aït Youssef : "On ne peut pas éviter ce genre d'attaque, mais on peut très certainement en limiter les effets. Le problème est en amont ; nos structures dédiées à la lutte contre le terrorisme sont à bout de souffle, le système ne fonctionne plus".

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► La droite tacle le gouvernement
De leurs côtés, certains élus Les Républicains se sont empressés de critiquer le manque de moyens accordés pour la sécurité par le gouvernement. Si Alain Juppé a demandé de "déployer davantage d'effectifs sur le terrain" et "améliorer la coordination des renseignements", Henri Guaino est allé beaucoup plus loin. "On doit pouvoir stopper un camion qui ne répond pas aux sommations. On connaît ce mode opératoire, on en a parlé dans toutes les commissions d'enquête. Il suffit de mettre à l'entrée de la promenade des Anglais un militaire avec un lance-roquette et il arrêtera le camion." 

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