Bombardements de Nantes en 1943 : "Ce souvenir vous suit toute la vie"

Bombardements de Nantes en 1943 : "Ce souvenir vous suit toute la vie"

HISTOIRE – Nantes commémore aujourd’hui le 71e anniversaire des bombardements. Le 16 et 23 septembre 1943, les bombes des alliés pleuvent sur la ville, faisant plus de 1 000 morts. Un épisode douloureux, dont se souviennent les anciens combattants.

Ils sont une soixantaine de personnes, rassemblées ce mardi cours Olivier-de-Clisson à Nantes. A quelques mètres d'eux, les automobilistes ralentis dans les bouchons regardent le petit groupe. Interrogatifs devant ces costumes, médailles et drapeaux français. C’est pourtant une page douloureuse de l’histoire de Nantes qui est rappelée là : ces anciens combattants sont venus aujourd’hui inaugurer une nouvelle esplanade "A la mémoire des victimes des bombardements des 16 et 23 septembre 1943", avant d’aller au cimetière de la Chauvinière pour une cérémonie de commémoration.

16 septembre 1943. Ce jour anniversaire est en effet synonyme de cauchemar et de douleur pour les habitants de la cité des ducs : des centaines de bombes, larguées par les alliés, pleuvent sur la ville. Elles sont larguées par les alliés américains, et visent à préparer le terrain pour un futur débarquement. Le pilonnage est censé cibler les usines et les voies de communication. Mais en un quart d’heure, c’est tout le centre-ville qui est détruit. Le bilan humain est très lourd : 1 463 morts et 2 500 blessés.

"C'était l'averse"

Maurice Le Duc, 87 ans, se souvient de cet après-midi du 16 septembre : "J’avais 16 ans. Quand les bombes ont été larguées, j’étais place du Commerce. En plein dedans." Il travaillait à l’époque au journal Le Phare, disparu depuis. "C’était l’averse. Quatre ou 5 bombes sont tombées tout autour de moi. J’ai fait un vol plané d’une dizaine de mètres. Quand je me suis relevé, on ne voyait plus rien. En un instant, la place a été recouverte de cadavres, de chevaux éventrés. Je m’en rappellerai toute ma vie." Comme lui, la plupart des Nantais ne s’attendaient pas à cette attaque aérienne soudaine. Alors, quand ils ont entendu sonner les sirènes, ils ne se sont pas précipités pas dans les abris.

Quelques jours plus tard, le 23 septembre, les avions resurgissent dans le ciel. Dans les rues, c'est la panique. "Les gens couraient partout. J’ai eu peur. La trouille de ma vie", confesse un ancien combattant, sans honte. Maurice, lui, était rue de Santeuil : "Je me suis précipité à l’intérieur d’une échoppe, pour me mettre à l’abri. J’ai emprunté un passage, dans l’arrière-boutique, qui m’a fait ressortir quai de la Fosse. Tout était rasé."

"On garde ça en mémoire toute sa vie"

Ces bombardements ont changé le visage de la ville. Les images de l’Ina (Institut national de l’audiovisuel) montrent une cité dévastée . Restent quelques pans de murs, dressés au milieu de monceaux de gravats et de cadavres. Les camions du Secours national se relaient pour fournir matelas, vêtements, et soupes aux milliers de sans-abri. "On garde ça en mémoire toute sa vie", confesse Maurice.

Jean-Claude Salomon, président de l’Arac 44 (association républicaine des anciens combattants) veut faire vivre le souvenir. "C’est terrible, quand on entend tomber les bombes quand on est enfant. On ne l’oublie jamais. Alors quand on voit ce qui se passe aujourd’hui, ailleurs dans le monde, on se pose la question : que vont devenir tous ces enfants ?" Alors pour "préserver la paix", il continue, avec son association, d’entretenir ce "travail de mémoire". Pour que les automobilistes qui circulent devant la cérémonie ne demandent plus : "Mais qu’est-ce qui se passe, là ?"
 

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