"Cette grève de la faim, on la fait aussi pour tous les ouvriers de France"

"Cette grève de la faim, on la fait aussi pour tous les ouvriers de France"

SOCIAL – Depuis 10 jours, 6 employés de la Seita sont en grève de la faim. Leur dernier moyen pour alerter sur la fermeture de leur usine de Carquefou, prévue en 2015. L'un d'eux a été hospitalisé mardi.

Il s’assoit pour parler : il  commence à avoir du mal à tenir debout. Trop faible. Il y a 10 jours, Tony Mesmeur, employé de la Seita a entamé une grève de la faim, avec 5 collègues . Un moyen de protester contre la fermeture de leur usine de cigarettes, à Carquefou, prévue en 2015. "Depuis six mois, on a multiplié les actions", explique Tony. "Rien ne fait parler de nous. On cherche un moyen d’accrocher. On se dit que plus c’est "hardcore", plus ça marche. C’est malheureux d’être obligé d’en arriver là." 

Au début, ça a marché. La presse locale a relayé leur action. Mais les médias nationaux n’ont pas vraiment embrayé. Et la direction n’a pas fait signe. Depuis, le temps s’étire pour les grévistes. "On commence à trouver le temps long sans sa famille", reconnaît Tony, une femme et trois enfants. "On discute, on lit. Mais c’est de plus en plus dur de se concentrer."

Pertes de poids et crampes

Ils ont tous perdu entre 6 et 7 kg. "On a eu faim les trois premiers jours. Puis c’est passé. On boit tellement d’eau que le ventre est plein", indique Frédéric Rougier, 40 ans. Lui sort d’une sieste, couvert d’une veste polaire. "J’ai 4 couches sur moi, et deux pantalons. Mais j’ai encore froid." Au fil des jours, il peine de plus en plus à faire la cinquantaine de mètre qui le sépare des portes de l’usine. "On essaie de s’économiser, mais on commence à avoir des crampes." L’un des leurs, Francis, a été emmené mardi au CHU. 

Pourtant, ces salariés ne sont pas des "têtes brûlées". "On en a juste marre de passer pour les méchants de service », raconte Frédéric. "Quand on est allé manifester à Paris, on était 200. Il y a avait 600 policiers. On était surveillés même pour aller aux toilettes." Il se rappelle aussi du soir où les cadres ont été "invités" à rester dans l’usine, au printemps dernier : "Les télévisions ont parlé de séquestration… On essayait juste de leur parler, ils ne nous regardent même pas."

"Il faut se mobiliser largement"

Au fil de la lutte, leur discours s'est rodé, leur conscience politique s'est affirmée : "Cette grève de la faim, on la fait aussi pour l’ensemble des ouvriers de France", indique Frédéric. "Cette entreprise génère un milliard de bénéfices net, a touché des aides du gouvernement français pour ce site qui est rentable, a augmenté ses actionnaires de 13 % et elle organise un plan de licenciement économique. Qu'est ce qui empêchera les autres de faire pareil ? Il faut se mobiliser largement."

Et les Seita ne sont pas seuls. Le long de la route, où sont plantées des croix, les voitures klaxonnent en passant. Certaines s’arrêtent. "On vient nous déposer du café, des peluches… Le ministère du Travail commence à s’inquiéter, a essayé d’appeler… Les choses commencent à bouger !" Alors, ces silhouettes affaiblies attendent, à demi allongées dans leur transat. Des liens forts se tissent. "On fait très attention les uns aux autres, on se surveille mutuellement", raconte Frédéric. Au-dessus des joues creusées, les yeux brillent. Ils gardent espoir, encore.

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