Charlie Hebdo : "Si les caricaturistes baissent les bras, les terroristes vont gagner"

Charlie Hebdo : "Si les caricaturistes baissent les bras, les terroristes vont gagner"

INTERVIEW - Contraint de fuir l’Algérie dans les années 90 à cause de ses caricatures, le dessinateur de presse et fondateur du festival international de la caricature de l’Estaque à Marseille, Fathy Bourayou, revient avec émotion et inquiétude sur la tragédie survenue au siège de Charlie Hebdo. Mais cet homme engagé appelle à continuer le combat pour la liberté d’expression.

On imagine votre très grande émotion à la suite du drame survenu au siège de Charlie Hebdo…
(Il souffle). Avant tout, je ressens une très grande tristesse. Je me dis qu’il faut honorer ceux qui sont tombés en menant d’autres combats. Si nous, les caricaturistes, nous baisson les bras, les terroristes vont gagner. Le dessin de presse est le meilleur moyen de lutte contre la bêtise humaine. C’est le garant de nos libertés.

On ignore encore les motivations des terroristes, mais pouviez-vous imaginer un tel drame dans un journal satirique en France ?
C’est vrai que Charlie Hebdo avait beaucoup d’ennemis. Il faut bien se dire que le dessin satirique n’est jamais provocateur. Il pose la réflexion. Mais pour certains, le seul langage, ce sont les armes. J’ai choisi la France comme terre d’asile, mais là je dois avouer que ça commence à craindre.

Connaissiez-vous les victimes, Charb, Cabu et les autres ? Se sentaient-ils menacés ?
Oui, nous nous étions rencontrés lors de différents festivals. Ils ne m'avaient pas parlé des menaces les concernant après l’affaire des caricatures de Mahomet. J’ai le sentiment que Charb, Cabu et les autres n’en parlaient pas trop, car pour eux la caricature était un devoir.

Comment les caricaturistes doivent-ils réagir à ce drame ?
La meilleure réaction encore une fois est de ne pas baisser les bras. Que l’on se mobilise, que l’on fasse exister le dessin de presse pour dire à ces gens, nous, on existe et on est prêts à mener ce combat mais dans les règles.

Que faut-il faire pour protéger les dessinateurs de presse ?
Je demande aux politiques de prendre au sérieux cette liberté de caricaturer, qu’ils la revendiquent et qu’il y ait une sécurité autour des dessinateurs. Il n’est pas normal que le journal ait été une cible aussi facile. C’est une agression criminelle.
 

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