Coup de filet anti-drogue à Marseille : "Ça ne va rien changer, le trafic va continuer"

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FAIT DIVERS - Une trentaine de personnes ont été interpellées lundi matin au cours d'une vaste opération policière visant un réseau de trafic de drogue dans la cité de La Castellane à Marseille, qui a aussi permis la saisie d'armes et de cannabis.

Les habitants de la cité de la Castellane de nouveau sous le feu des projecteurs. Lundi, au petit matin, une trentaine de personnes ont été interpellées – dont le chauffeur de Samia Ghali – au cours d’une vaste opération de police visant à démanteler l’un des trois grands réseaux de cette cité de quelque 7 000 habitants. Au cours de cette opération, des armes de poing, des armes longues et plusieurs kilos de cannabis ont été saisis, visiblement dans la discrétion la plus totale.

"Ah bon, des gens ont été arrêtés ?" s’étonne Kader sous le regard des CRS postés à l’entrée de la cité. "Non Monsieur, on n’entre pas", lâche d’ailleurs un policier, qui ne laisse aucun média pénétrer dans le quartier. Seul moyen d’en savoir davantage, interroger les riverains. Qui n’en savent guère davantage. "Franchement, je n’ai rien vu, poursuit Kader, habitué à la présence policière. Depuis la fusillade de février dernier , les CRS sont souvent là. Ils font partie du décor."

"Ils trafiquent par nécessité"

Au plus fort de l’opération, 400 policiers, dont des hommes du Raid, sont intervenus dans la cité. "Pour quoi faire ?" s’interroge Nadia, qui vit dans le quartier. "Après la fusillade, la vente a repris dans certains points. Là, des gens vont être arrêtés, mais ça ne va rien changer, le trafic va continuer", assure cette maman de trois enfants, vivant au quotidien avec la présence des trafiquants en bas de chez elle.

"Il n'y a pas de problème avec ces jeunes, souligne-t-elle. Quand on les voit ils sont toujours gentils, ils aident les mamans à porter leurs courses, ils nous défendent des autres du quartier, ils surveillent les enfants", explique-t-elle. Bien sûr, c’est choquant de dire ça, mais c’est la réalité. Les jeunes n’ont pas de travail, ils font ça par nécessité. S’ils le pouvaient, ils essaieraient comme nous de partir. Mais quand on habite à la Castellane, on est condamné à y rester".

"Si tu es fort, tu peux t’en sortir"

La résignation de certains habitants, Hicham la comprend, mais pour ce jeune de 25 ans, le trafic n’est pas une fin en soi. "On ne va pas se mentir, c’est dur ici. Il y a du chômage, l’absence de parents pour certains, la tentation du trafic, mais si tu es fort mentalement, tu peux t’en sortir", lâche-t-il en attendant son bus pour aller travailler.

Durant son adolescence, Hicham a vu certains de ses collègues se lancer dans le trafic à la Castellane. "Mais ça ne mène à rien. Certains, comme Hatem [un jeune de 25 ans abattu d’une balle dans la tête dans la cité, en début d'année, ndlr] sont morts, se souvient-il. Quand je le croisais, il était toujours sympa, ce n’est pas le problème. Il faut juste éviter d’accepter une aide ou rendre un service, parce qu’après, tu es piégé".

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