Dans la fabrique à polars d’Actes Sud

Dans la fabrique à polars d’Actes Sud

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LIVRE – Pour ses 10 ans le le festival Quais du Polar de Lyon réunit à partir de vendredi, les meilleurs écrivains de polars. Des auteurs à succès dont les manuscrits sont parfois passés entre les mains de Manuel Tricoteaux, directeur de la collection Actes Noirs à Arles. Rencontre.

D’un coup de main vif, Manuel Tricoteaux feuillette les premières lignes de 3 manuscrits posés sur son bureau. L’œil s’aiguise, la concentration s’intensifie, le verdict tombe rapidement. "Bon là, ça, c’est écrit correctement, il faudrait en lire plus". Autre histoire, jugement différent : "Là c’est un peu lourd, ça fait beaucoup. Ça, ce n’est pas pour moi". Une sélection drastique mais avec plusieurs centaines de textes entre ces mains chaque année, le directeur de la collection Actes Noirs à Arles, n’a pas le temps de faire de sentiments.

"Certains pensent que nous sommes un service public, qu’il faut qu’on lise tout le manuscrit, s’étonne-t-il, tout aussi surpris par les méthodes utilisées par certains auteurs de polars en herbe, un peu James Bond sur les bords, pour voir si leur texte a été entièrement lu. "Parfois, ils mettent une page à l’envers à la cinquantième page pour vérifier si on l’a remise à l’endroit. Mais si le texte n’est pas bon, je ne vais pas aussi loin et ils me le reprochent après…".

Le choix de la différence

"J’essaye de regarder le début du manuscrit assez vite résume Manuel Tricoteaux. En quelques lignes, on peut se faire un jugement assez fiable entre ce qui est du polar littéraire et du divertissement. Si dans ce dernier cas, l’intrigue arrive après 50 pages, ça ne marche pas", tranche-t-il. Autre intérêt de "la lecture en amont", en "lisant rapidement un manuscrit, vous avez plus de chances que les autres éditeurs ne l’aient pas encore lu", confie Manuel Tricoteaux.

Une volonté de marquer sa différence inscrite dans l’ ADN d’Actes Suds . Ici, dans la grande bâtisse surplombant le Rhône sur les quais d’Arles, pas de comités de lecture à la différence des autres maisons d’éditions. "Le directeur éditorial valide mes choix, tempère le directeur d’Actes Noirs pas très partisan des choix de manuscrits à plusieurs. Le problème des comités de lecture, c’est que ça se transforme rapidement en un endroit où il y a des négociations, avec à la fin un consensus mou sur un texte ou tout le monde est d’accord", juge-t-il.

Une étiquette dure à perdre

Seul maître à bord pour sélectionner les manuscrits, Manuel Tricoteaux reste fidèle à son fil conducteur avec la publication de polars "au panorama assez large". Contrairement aux idées reçues, Actes Noirs ne fait pas que dans le Scandinave. "On en fait en moyenne 5 sur 18 livres chaque année" se défend-il. Une étiquette due aussi à l’habillage des livres de couleur noir avec un liseré rouge. "Beaucoup de gens pensaient qu’on a voulu surfer sur le succès de la couverture des Stieg Larsson mais ce n’est que la collection". Une collection a succès mais qui peut-être à double tranchant. "Quand vous avez une image très forte et que soudain ça ne marche pas, ça devient un cercueil", redoute le directeur de collection.

Mais afin de surfer sur le phénomène du polar (4 romans sur 10 vendus en France sont des polars, ndlr), Manuel Tricoteaux se doit de dégoter le prochain roman à succès. Quitte à prendre des risques parfois. "Il y a un titre qui marche bien en ce moment dans une autre édition mais dont je n’ai pas voulu, explique-t-il. Le texte et l’intrigue étaient bien mais la fin était impossible avec un côté surnaturel. On en avait discuté avec l’auteur mais il ne voulait pas la retoucher regrette-t-il avant de réaffirmer : je suis toujours convaincu que cette fin n’est pas possible !".
 

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