Dans les coulisses du Carlton de Lille : "Cette affaire a été un cauchemar"

Dans les coulisses du Carlton de Lille : "Cette affaire a été un cauchemar"

REPORTAGE – Menace de fermeture administrative, annulation de clients en cascade mais aussi canulars à répétition et insultes, les employés du Carlton de Lille ont payé au prix fort les révélations, en octobre 2011, sur le supposé réseau de proxénétisme organisé en partie dans leur établissement. Alors que s'ouvre ce lundi 2 février, le procès de cette affaire à laquelle l'hôtel a donné son nom malgré lui, les salariés aspirent surtout à la discrétion.

Des hommes discutent business, tandis qu'un groupe d'amis sirote un thé dans le salon du bar de l'hôtel Carlton de Lille. L'arrivée de touristes anglais perturbe à peine l'atmosphère légèrement guindée de cet établissements de luxe. Depuis de longs mois, le quatre étoiles a retrouvé un peu de sa tranquillité. On est loin de la tempête médiatique et judiciaire qui l'a secoué en octobre 2011, quand Hervé Franchois, le propriétaire, Francis Henrion, le gérant, et René Kojfer, le chargé de relations publique , sont mis en examen et écroué pour proxénétisme dans un scandale qui éclabousse le tout-Lille.

Tandis que le procès se déroulera à Lille du 2 au 20 février, personne au sein de l'hôtel n'a envie de faire revivre les jours sombres de la fin 2011. Contactée par metronews, la direction n'a pas donné suite. Les employés sont invités à ne pas parler. Assistante commerciale du Carlton pendant douze ans, Sandie Saeij n'a pourtant rien oublié. "Quand vous voyez des policiers partout dans le hall, ça marque profondément, nous confie-t-elle. On se serait cru dans un film." Cette exposition médiatique soudaine est terrible pour les affaires de l'hôtel. Les sociétés qui y organisent des séminaires décommandent les unes après les autres. "Trois acteurs connus ont annulé leur venue à cause de leur image", racontait alors à metronews, Cédric Hennequart, réceptionniste.

"Ici, c'est un hôtel de putes !"

Quand, le 14 octobre 2011, la justice ordonne une fermeture administrative du Carlton et deux autres établissements appartenant à Francis Henrion, la situation s'aggrave. "On avait peur pour nos emplois, se remémore Sandie Saeij. Les entreprises qui n'avaient pas encore annulé voulaient récupérer leurs acomptes. Des fournisseurs exigeaient qu'on rende les draps. Je n'ai plus les chiffres en tête, mais pendant un mois et demi ça a été un cauchemar." Malgré tout, l'hôtel restera finalement ouvert.

Même s'il n'a jamais mis les pieds au Carlton, le nom de DSK apparaît dans l'affaire. Un poids de plus pour les employés. "On a dû faire face à la méchanceté des gens, raconte Sandie Saeij. Nous étions des bêtes de foires, les gens entraient dans le hall, prenaient des photos." Installé en plein centre de Lille, le Carlton devient une vraie attraction touristique. "Les canulars n'arrêtaient pas, ça appelait pour réserver puis on demandait la chambre de DSK, rapporte l'ancienne salariée. On a aussi eu beaucoup d'insultes. Une fois quelqu'un est rentré et a hurlé : ici c'est un hôtel de putes !"

"Ça a marqué la vie des employés"

Sur le trottoir d'en face, le patron du restaurant le Pot Beaujolais veut aussi oublier cette période. "Moins j'en dis mieux je me porte", explique-t-il brièvement. "Cela a été difficile à vivre pour tout le monde, ça a marqué les vies des employés, poursuit Sandie Saeij. On nous parlait tout le temps du Carlton."

A l'occasion du procès, dont elle ignorait la date, Sandie passera peut-être soutenir ses anciens collègues. "Il y aura sans doute encore quelques curieux, mais ça ne pourra pas être pire qu'en 2011", prédit-elle. Avec plus de 200 journalistes accrédités pour les trois semaines d'audience, le Carlton devrait pourtant une nouvelle fois connaître quelques nuits agitées. Bien malgré lui.

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