Décrochage scolaire : des chiffres encourageants, boostés par des politiques de lutte efficaces

Décrochage scolaire : des chiffres encourageants, boostés par des politiques de lutte efficaces

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ÉCOLE - Une fois n'est pas coutume, une étude sur l'enseignement en France donne quelques motifs de se réjouir. Le décrochage scolaire est en baisse en France, selon une étude du Cnesco dont les résultats ont été publiés vendredi. Ces chiffres encourageants sont le résultat des politiques scolaires mises en place depuis la fin des années 2000.

Depuis six ans, le collège Jean Moulin de Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire) fait passer à la fin du mois de septembre un test à tous ses élèves pour essayer de détecter ceux en situation de décrochage scolaire. Les questions, élaborées par la professeure en sciences de l’éducation Catherine Blaya, abordent toutes les composantes de la vie des élèves. "Une série de questions interroge les élèves sur leur cadre familial (est-ce que je parle de ma scolarité à mes parents ? Est-ce qu’ils s’y intéressent ?), une autre leur demande des précisions sur le cadre scolaire (quels sont mes résultats ? Est-ce qu’ils ont progressé ?)" nous a expliqué Mathieu Gillot, professeur de français et coordinateur du projet. Le test demande également aux élèves s’ils ont des idées noires, s’ils visitent des sites sur l’anorexie, s’ils jouent beaucoup aux jeux vidéo, s’ils ont de bonnes relations avec leurs camarades, s’ils sont victimes de moqueries ou encore ce qu’ils comptent faire de leur avenir. 


Les résultats permettent ensuite aux responsables du collège de repérer les élèves qui ont le plus haut risque de décrochage au cours de l’année. 26 ont été identifiés au mois de septembre dernier, sur les 450 élèves que compte l’établissement. Les élèves sont alors pris en charge par un accompagnateur, qui tous les dix jours fera un point avec lui sur son évolution lors d’un entretien. "L’originalité du programme, c’est que ce sont les élèves qui proposent des solutions" explique Mathieu Gillot. "Il s’agit d’une méthode pro-active. Le collégien doit identifier lui-même ses difficultés, nous sommes là pour le guider sur la voie de la réconciliation avec l’école ou avec lui-même." Par exemple, un élève qui souffre de solitude devra relever le défi de manger au moins une fois par semaine avec un camarade. Pour un autre, le but sera de lever la main à chaque cours de maths ou de français. "Notre but est alors de demander à nos collègues de l’interroger, pour lui redonner confiance" ajoute Mathieu Gilot.

Des retours positifs de la part des élèves

Les résultats de la méthode ne sont pas vraiment chiffrés par le collège Jean Moulin. "Nous sommes sur de l’humain. Nous estimons avoir des résultats lorsque le comportement d’un élève change, qu’il est plus souriant, qu’il travaille plus et s’investit" explique le professeur de français. "Nous évaluons les progrès sur quatre critères : le nombre d’absences, de retards, de sanctions et les résultats scolaires. Ce qui est sûr, c’est que les élèves, sauf quelques rares exceptions, nous font des retours positifs sur ce dispositif."


Ce genre de politique de lutte contre le décrochage scolaire, mis en place dans de plus en plus d’établissements en France, semble porter ses fruits puisque le phénomène est en baisse. En effet, le Cnesco (Conseil national d'évaluation du système scolaire) a calculé que le taux annuel de sortants sans diplôme a baissé de 3 points entre 2011 et 2015 pour atteindre 13%. Le taux de sortants précoces a lui diminué de 2,4 points en dix ans, pour passer en-dessous de 9% en 2016. Aujourd'hui, 100.000 jeunes sortent du système éducatif sans diplôme en France. En 2016, environ 450.000 jeunes entre 18 et 24 ans ne sont pas diplômés ou ont au plus le diplôme national du brevet et n’ont pas suivi de formation au cours des quatre dernières semaines, soit une baisse d’environ 100.000 jeunes par rapport à 2006.

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L'écoute et l'accompagnement pour lutter contre le décrochage scolaire

Le milieu socio-économique, décisif dans le décrochage scolaire

Il existe plusieurs facteurs de décrochage, en premier lieu le milieu socio-économique. Les personnes nées pauvres ont 3 fois plus de risque de sortir de l’école sans diplôme que les autres (étude de Ratcliffe et McKernan, 2010). Le niveau de diplôme de la mère est également déterminant, et les enfants issus de familles monoparentales ont plus de risques de décrocher. Le rôle de l'établissement est également important puisque plus il compte d’élèves défavorisés, plus le risque de décrocher augmente, indépendamment des caractéristiques individuelles. A noter également : les hommes ont plus de chances de décrocher que les femmes (10,1% contre 7,5% des 18-24 ans).


Le Cnesco met aussi en garde contre l'absentéisme, premier pas vers le décrochage scolaire. Selon une étude menée aux Etats-Unis, les élèves qui décrochent dans le secondaire supérieur (équivalent du lycée) ont en moyenne six fois plus d’absences au début de leur scolarité (CP) que leurs camarades qui sont allés jusqu’au diplôme, 16 fois plus d’absences au collège et 33 fois plus au lycée. Plusieurs facteurs favorisent cet absentéisme, notamment le sentiment d’être victime d’injustice de la part des enseignants. En France, un élève qui s’estime victime d’injustice de la part de ses enseignants a 1,5 fois plus de risque de s’absenter. Or, ce sentiment d’injustice est beaucoup plus élevé en France que dans les autres pays de l’OCDE. Le sentiment d’appartenance à l’établissement est également important, mais seuls 40% des élèves français déclarent se sentir attachés à leur établissement, contre 73% dans la moyenne des pays de l’OCDE. Ce qu’on appelle l’"effet de pairs" entre les élèves est également important : un élève a près de 1,5 fois plus de risques de s’absenter si l’absentéisme est élevé dans son établissement.

Un décrocheur coûte à la collectivité 230.000 euros tout au long de sa vie

Les politiques s'attachent à lutter contre le décrochage scolaire car il a un impact négatif à plusieurs égards : sur les individus,  qui perdent confiance en eux, sur leur vie sociale puisqu'ils sont plus sujets au chômage de longue durée et aux emplois précaires peu rémunérés, mais aussi sur l'économie du pays. Ainsi, le coût estimé à la collectivité d'un décrocheur tout au long de sa vie est de 230.000 euros (il ne produit pas autant que s’il avait fait des études, paye moins d’impôts…).


Nathalie Mons, présidente du Cnesco, observe que "en France, des politiques ont été déployées depuis 2008. Le cumul de ces mesures a eu des effets positifs. La politique européenne en la matière est également efficace. Le phénomène est plus facilement visible avec les indicateurs européens comme Eurostat." L'important est d'intervenir dès les premiers signes d'un possible décrochage, quand le jeune est encore dans l'établissement. Car comme dans beaucoup de domaines, "mieux vaut prévenir plutôt que guérir".

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