"Ça fait mal au cœur de les voir partir" : les adieux émouvants des associations aux migrants de Calais

FRANCE
REPORTAGE - A l’heure du démantèlement de la jungle de Calais ce lundi, les associations étaient venues en nombre pour aiguiller et rassurer les migrants qui partaient pour les centres d'accueil. Des adieux difficiles...

"Bye bye, thank you…" Des milliers de migrants ont quitté la "jungle" de Calais ce lundi pour se rendre dans des centres d’accueil et d’orientation (CAO), non sans émotion. Dans les files d’attente à rallonge, des larmes, et parfois des sourires, larges  jusqu’aux oreilles. Avant de se quitter, certains se sont donc longuement enlacés, avant de se murmurer à l’oreille qu’ils se reverraient très bientôt.


Autour d’eux, des dizaines d’agents de l’Intérieur et membres d’associations étaient venus encadrer les opérations, mais surtout dire au revoir. Au milieu de la foule, entre deux grilles, une femme en gilet jaune est en pleurs. Elle vient de dire adieu à un groupe de réfugiés. "Je suis triste, mais bon c’est bien pour eux", nous confie-t-elle la gorge nouée. Brigitte travaille quotidiennement dans la "jungle" depuis un an et demi en tant que professeur de français avec le Secours Catholique. "On était très attachés à eux parce que ça fait longtemps quand même. Mais je suis contente qu’ils partent parce qu’ils ne pouvaient plus vivre dans ces conditions."

On a tenu le rôle du père, de mère, de frère, de sœur…" Philippe, bénévole au Secours Populaire

Certaines associations ont pratiquement vu naître la jungle de Calais. C’est le cas de Salam, où Claire travaille depuis 2009. Elle aussi a bien du mal à décrire son émotion en ce jour d’adieux. "On a des gens qui sont là tous les jours, qui donnent des vêtements, des chaussures, de la nourriture, des couvertures, des bougies, du papier hygiénique… Et ces personnes sont à la fois très contentes et à la fois très triste. Ça fait mal au cœur quand on voit les gens partir", confie la quinquagénaire avec un sourire crispé, mais ému. "On a tenu le rôle du père, de la mère, du frère ou de la sœur", estime Philippe du Secours Catholique.


Plus loin, une grande rousse vêtue d’un gilet blanc et rouge fait de larges gestes pour indiquer le chemin aux migrants. "A gauche pour les familles, à droite pour les hommes", s’époumone la jeune femme. On la retrouve quelques minutes plus tard, elle aussi en pleurs. 

La page Calais est loin d’être tournée

"Je ne travaille ici que depuis six semaines, mais on se fait très vite des amis", livre Zina. Cette jeune britannique est membre de l’association Care4Calais depuis plusieurs années, mais ne travaille à Calais que depuis peu. "Ce sont des gens encore plus humains que les autres. Ils sont incroyables", insiste-t-elle, les lunettes embuées par les larmes. "C’est très dur de dire au revoir, mais tu sais que ça ira mieux. Ce sera difficile, mais pas aussi difficile que leur vie ici."


Mais alors que la jungle de Calais vit ses derniers jours, une question se pose : que vont faire ces bénévoles, ces agents, ces anonymes une fois que tout sera terminé ? Pour la plupart d’entre eux, ils ne le savent pas encore. "Continuer ma vie", s’amuse Brigitte dans un éclat de rire. 


Une chose est sûre, la page Calais est loin d’être tournée. Certains songent en effet à rester sur place un peu plus longtemps. "Je vais attendre d’être sûre que les réfugiés soient bien tous partis, assure Zina. Je veux être sûr qu’ils soient en sécurité". Avant de nous confier que ça prendra "le temps qu’il faudra".

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