Entre baleines, nature et hydrocarbures, le Canada aurait choisi

Entre baleines, nature et hydrocarbures, le Canada aurait choisi

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ENVIRONNEMENT - La décision des autorités canadiennes de revoir à la baisse le degré de protection des baleines à bosse inquiète les écologistes qui y voient un tour de passe-passe pour satisfaire l'industrie pétrolière. Explications.

Il ne faisait déjà pas bon être une baleine à bosse dans le nord du Pacifique, où, sur recommandation d'un comité de scientifiques en 2005, les autorités canadiennes protégeaient cette espèce considérée comme "menacée", or ce n'est plus le cas.

Une mesure de protection obsolète ou nuisible aux exportations ?

Actant les conclusions d'un rapport d'experts plus récent, qui note "une plus grande abondance" du mammifère géant dans ses eaux territoriales, le Canada a revu sa réglementation, reléguant ce cétacé au rang d'"espèce préoccupante". Le gouvernement en veut pour preuve le fait que la population actuelle atteindrait 18.000 têtes au large de ses côtes contre à peine "quelques centaines" il y a dix ans.

Pour le Nouveau parti démocratique, principale formation de l'opposition au Parlement fédéral, cette décision annoncée samedi dernier par une publication au Journal officiel n'a rien d'anodine et tiendrait bien plus à des préoccupations économiques qu'écologiques. Le pouvoir aurait ainsi voulu "satisfaire ses amis de l'industrie pétrolière et ouvrir la voie au projet d'oléoducs de Northern Gateway".

Ce projet porté par le groupe industriel Enbridge vise à la construction d'un double oléoduc de quelque 1.200 km de long entre l'Alberta, dans les terres, où l'on extrait du pétrole de sables bitumineux, et le terminal portuaire de Kitimat, en Colombie-Britannique. De là, le Canada espère exporter plus de 500.000 barils par jour vers l'Asie.

La population résiste pour l'instant, mais pour d'autres raisons

Les habitants et les défenseurs de l'environnement ont à maintes reprises manifesté leur opposition à ce pipeline qui menacerait notamment la rivière Kitimat et son Fjord, déjà souillé lors de l'accident d'un ferry en 2006. Vis-à-vis des rorquals à bosse, comme on dit là-bas, ce pourrait aussi être un grand risque vu la rotation annoncée d'environ 220 superpétroliers par an au beau milieu de leur sanctuaire.

Certes, reconnait Jay Ritchlin, de la très influente fondation écologiste David Suzuki, "la population des baleines a augmenté", mais il est bien trop tôt pour lever les mesures de protection. Lui non plus ne se fait pas d'illusion sur les tenants et aboutissants de cette affaire. Dénonçant le caractère "incroyablement rapide" de cette modification de la loi, il la juge d'autant plus "inquiétante" qu'elle survient alors même qu'un "développement majeur est à l'étude". Entre les lignes : le fameux oléoduc, dont le Conseil municipal de Kitimat , suivant l'avis de sa population consultée par référendum, vient de rejeter le tracé, mais pas nécessairement le principe.

Et pendant ce temps, le Japon relance la pêche

En attendant, dans le secteur, les baleines à bosse peuvent encore badiner en paix, au contraire de leurs cousines de l'Antarctique, vers où une flottille de quatre baleiniers japonais s'est élancée ce samedi même, malgré l' interdiction prononcée par la Cour internationale de justice de La Haye.

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