Evacuation de la ZAD de Bure : le projet Cigéo au cœur d'une bataille depuis plus 20 ans

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EXPLICATIONS - Le gouvernement a décidé de faire évacuer ce mercredi les occupants du Bois Lejuc, lieu où doit être installé le futur centre de stockage souterrain des déchets nucléaires. Retour sur cette situation qui dure depuis plus de vingt ans.

Pour s’éviter une situation similaire à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a annoncé ce mercredi l’évacuation par plus de 500 gendarmes d’une quinzaine de personnes installées dans la ZAD de Bure dans la Meuse. Ces occupants contestent le projet Cigéo, lancé par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra). En quoi consiste ce fameux projet Cigéo ? LCI fait le point.

Un projet lancé il y a plus de 20 ans

L’Andra, créée en 1979 au sein du Commissariat à l’énergie atomique, commence au début des années 1980 à étudier la possibilité d’enfouir en profondeur les futurs déchets nucléaires français. L’agence décide d'envoyer des géologues dans l’Ain, l’Aisne, les Deux-Sèvres et en Maine-et-Loire pour trouver un terrain potentiellement capable d’accueillir un stockage géologique. Au vu des réactions très vives de la population, Michel Rocard, Premier ministre à l’époque, annonce un moratoire en 1990.


Après le vote de la "loi Bataille" en 1991, qui définit les axes de recherche pour les déchets à haute activité et à vie longue, l’Andra se met à nouveau en quête d’un terrain. Suite à des investigations géologiques dans le Gard, la Haute-Marne, la Meuse et la Vienne, c’est le site de Bure qui est choisi en 1998.

Après la construction d’un laboratoire souterrain à Bure, l’Andra conclut en 2005 à la faisabilité du stockage profond pour les déchets de haute activité (HA) et de moyenne activité à vie longue (MA-VL). Un an plus tard, l’agence est chargée par la loi de programme du 28 juin 2006 de la conception et de la construction d'un centre de stockage pour les déchets nucléaires HA et MA-VL appelés Cigéo (Centre industriel de stockage géologique). Situé à 500 mètres de profondeur, il coûtera 25 milliards d’euros. Il doit être implanté à proximité de la petite commune de Buse dans le Bois de Lejuc. 


Les déchets seront vitrifiés, afin d'enfermer la matière radioactive dans du verre, puis insérés dans de gros cylindres métalliques à La Hague, où ils devront passer 40 à 50 ans afin de refroidir suffisamment pour être entreposés en sous-sol. Ils seront ensuite transportés en train jusqu'à Bure, où ils passeront par une "descenderie", un tunnel en pente à 12%, sur 5 km, qui les mènera 490 m sous terre. Là, chaque "colis", de 500 à 600 kg pièce, sera entreposé dans des tunnels. 


Un calendrier est défini. En 2022, la construction du Cigéo doit être lancée avant une mise en exploitation à titre expérimental en 2025 ou 2026. En 2030-2035, les premiers déchets radioactifs doivent arriver, après un nécessaire feu vert du Parlement.

Mais cependant, l’Andra doit encore déposer la demande d'autorisation de création du centre de stockage auprès de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Prévu en 2018, cela devrait avoir finalement lieu courant en 2019 car elle n’a toujours pas accès au Bois Lejuc, occupé par une cinquantaine de personnes jusqu’à ce jeudi 22 février.

Le Bois Lejuc, la zone de toutes les tensions

Des opposants au projet dont les pionniers sont arrivés en 2004, créant une "maison de la résistance" contre le Cigéo. Ils contestent cette idée de projet car "l’enfouissement ne résout rien, il ne fait qu’isoler dans le sous-sol, temporairement, cette encombrante radioactivité d’une extrême nocivité pour le vivant et ajouter de plus à la toxicité des déchets les problèmes technologiques liés à la grande profondeur", comme on peut le lire sur le site "Bure Stop !".


Par la suite, la contestation s’organise en 2013 lors du débat public voulu et organisé par le gouvernement. Les opposants bloquent les discussions dès leur lancement.


Quelques mois après la décision du conseil municipal de Mandres-en-Barrois, petit village qui jouxte Bure, de céder le Bois Lejuc à l’Andra, afin d'installer le site d'enfouissement, les opposants attaquent en justice cette décision et obtiennent l'invalidation par le Tribunal administratif de Nancy de cette cession. 


Le 18 mai 2017, le conseil municipal vote à nouveau. Les anti-Cigéo annoncent rapidement qu’ils contesteront à nouveau cette cession au vu, selon eux, des liens de certains des conseillers municipaux avec l’Andra.

Mais la guérilla judiciaire lancée par les opposants ne s’arrête pas là. Ils ont aussi contesté le défrichement sans autorisation par l’Andra du Bois Lejuc devant le tribunal de Grande instance de Bar-le-Duc à l’été 2016. Cette juridiction leur a donné raison une première fois et c’est la cour d’appel de Nancy qui a confirmé l’illégalité des travaux en mai 2017.


De son côté, l’Andra a répliqué en demandant l’expulsion des opposants installés depuis l’été 2016 dans le bois de Lejuc. L’agence a eu gain de cause après avoir saisi en référé le tribunal de Grande Instance (TGI) de Bar-le-Duc qui a ordonné l’expulsion "sans délai". C’est sur la base de cette décision que Gérard Collomb a ordonné l’opération d’évacuation du Bois Lejuc ce jeudi 22 février.

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