"Hébergement citoyen" de réfugiés : comment se passe la cohabitation ?

FRANCE
SOLIDARITÉ - La ministre du Logement appelle à développer l’accueil de réfugiés chez des particuliers. Actuellement, au moins 500 réfugiés ou demandeurs d'asile sont hébergés gratuitement par des volontaires. Comment se passe la cohabitation ? metronews a interrogé les principaux intéressés.

Emmanuelle Cosse veut développer "l’hébergement citoyen". Dans un communiqué publié le 10 août, la ministre du Logement a appelé à étoffer "l'expérimentation de dispositifs d'accueil de réfugiés chez les particuliers". "Ils seront logés à titre gratuit, sur tout le territoire national et dans des logements comportant au moins une chambre privative", est-il précisé.


"Une convention devra être signée entre le réfugié, le ménage d'accueil et l'association qui les accompagne. Les futurs hôtes s'engagent pour une durée minimum de trois mois et jusqu'à un an". Selon Le Monde, au moins 500 migrants logent actuellement chez des particuliers, dans la majorité des cas grâce à des associations. Mais comment s’organisent ces rencontres ? Et comment se passe la cohabitation ?

Liés par les mêmes centres d’intérêts

Contactée par metronews, l’association Singa qui a lancé son projet "Comme à la maison" (CALM) en 2015, se charge de loger des réfugiés chez des familles volontaires. "Contre toute attente, nous avons reçu 7000 inscriptions d'hébergeurs potentiels en deux jours", explique Juliette Arzur, directrice du réseau d’accueil de CALM. "Nous trions les candidatures pour relier les réfugiés (principalement originaires de Syrie, d’Afghanistan, du Soudan ou d’Erythrée) et les familles qui ont les mêmes centres d’intérêts, les mêmes passions ou les mêmes professions".


Puis un premier rendez-vous est organisé dans un endroit informel, comme un café. Avant que la cohabitation ne débute, la famille, le réfugié et l’association signent un contrat stipulant la date de fin de l’accueil (généralement trois mois) et les règles de respect à suivre. "Une charte avec des règles de vie est également donnée à la personne accueillie", précise Juliette Arzur. "Sur 300 accueils, seules 13 médiations ont eu lieu pour renouer la communication entre les différentes parties. Et seules cinq cohabitations ont été interrompues. Outre cela, des amitiés fortes sont nées", raconte-t-elle.

"Il était autonome" Marie Beaurepaire, directrice de la région Ile-de-France à Singa

C’est notamment le cas de Marie Beaurepaire, directrice de la région Ile-de-France à Singa, et du réfugié qu’elle a accueilli chez elle pendant deux mois en 2015. Agé d’une quarantaine d’années et originaire du Moyen-Orient, celui que l’on nommera Mourad pour conserver son anonymat était titulaire d’un doctorat et chercheur. "Quand je l’ai rencontré, nous avons discuté et on s’est découvert des points communs, notamment pour les relations internationales ou le travail de l’ONU". Pour eux, la cohabitation fut simple. "Il était autonome, parlait très bien français et se débrouillait seul. Je l’aidais seulement pour parfaire son CV ou relancer une entreprise après une candidature, mais c’est tout. Ça m’a donné envie de recommencer l’expérience".


Pour Ali, vivre chez Sam et Juliette a été une révélation. "J’ai tellement confiance que j’ose poser des questions qui peuvent avoir l’air bête. Pour savoir comment réagir en France dans telle situation par exemple. Cela m’aide à m’investir ici", a-t-il expliqué à Singa. En accueillant Ahmed chez lui, Jean-Baptiste lui, s’est trouvé un associé : "Nous sommes dans le même domaine professionnel. Du coup, nous créons ensemble une entreprise d’export de produits français vers son pays".


L’association JRS France de Lille, s’occupe elle aussi, de placer des demandeurs d’asile chez des particuliers jusqu’à l’obtention du statut de réfugié qui leur garanti une place en foyer. "Cette expérience est basée sur le volontariat et la solidarité", explique à metronews la coordinatrice Elisabeth Fasher. "Nous aidons des personnes seules ou des mères avec un enfant. En 2011, nous avions 15 familles hébergeuses, en 2015 avec la crise des migrants nous en avions 40, principalement originaires de l’Afrique noire". Seules cinq familles ont préféré ne pas renouveler l’expérience. "C’est un levier intéressant, une expérience de vie".

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