Incendies : pourquoi la France est-elle (pour le moment) épargnée cette année ?

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INTERVIEW – Chaque été depuis plusieurs années, le sud de la France connaît de violents incendies. Pourtant, cet été, le pourtour méditerranéen semble avoir particulièrement bien résisté. Pourquoi cette région a-t-elle été épargnée par les feux de forêts ravageurs ? Le colonel Stéphane Farcy explique à LCI que toutes les conditions favorables à cette accalmie étaient réunies.

72000 hectares partis en fumée en Californie, incendies meurtriers en Grèce, Portugal en proie aux flammes...  Cette année, les feux de forêts ont été particulièrement nombreux, allant même jusqu’au cercle Arctique. Pourtant la France, elle, semble épargnée. 


Selon Promothée, un site qui centralise la totalité des données sur les incendies de forêts en région Méditerranéenne en France, sur la période du 1er janvier au 10 août 2018, on déplore 497 départs de feux de forêts. C’est près de trois fois moins que l’an dernier pour la même période. Des départs qui, par ailleurs, ont été très vite contrôlés cette année. Alors qu’en 2016 près de 8.000 hectares étaient partis en fumée sur le pourtour méditerranéen et 12.000 l’an d’après,  cette année les incendies ont pour le moment touché moins de 3.000 hectares.


Alors comment expliquer ce phénomène ? Pour y répondre LCI a interrogé le Colonel Stéphane Farcy. Chef du pôle Opération au Service Départemental d'Incendie et de Secours du Var (SDIS), il était aussi en charge lors des précédents incendies.  

LCI : La France fait figure d’exception, et semble jusqu'à présent avoir été épargnée par les incendies. C’est également le cas dans le Var qui avait pourtant connu des incendies ravageurs l’an dernier. Comment l’expliquez-vous ?

Colonel Stéphane Farcy : Trois grandes raisons météorologiques expliquent ce phénomène. Tout d’abord nous avons vécu un printemps pluvieux. La végétation s’est ressourcée, les nappes se sont reconstituées. Il faut savoir qu’entre janvier  et la mi-juin, nous avons connu deux fois plus de pluie que durant toute l’année 2017. Ensuite, les sols étaient humides. Nous avons eu des orages et des pluies régulièrement, environ une fois tous les quinze jours. C’est ce qui retarde les départs de feux. En plus, il n'y a pas eu de fortes rafales de vent, le Mistral n’a pas soufflé cette année. C’est tout le contraire qu’en 2017 où nous avions dû faire face à une sécheresse et une canicule de longue durée, avec des vents soufflants à plus de 100km/h. De quoi former un cocktail dangereux où à la moindre étincelle, tout s’embrase. 

Les personnes ont de plus en plus de bons réflexes.Colonel Stéphane Farcy

LCI : Outre une météo clémente, est-ce-que la population est plus vigilante ?

Colonel Stéphane Farcy : Les mesures de prévention existent depuis des années, mais il est vrai que nous avons remarqué une population plus réceptive cette fois-ci. A chaque début de saison, il y a une période d’information et là nous avons eu plus de facilité à faire passer le message. Il a eu plus d’impact, parce que les souvenirs de l’été précédent sont encore frais [une série de feux de forêt avait détruit des milliers d'hectares dans le Sud-Est et près de mille personnes avaient été évacuées]. En plus, la médiatisation des incendies à l’étranger fait prendre conscience du danger. Les personnes ont de plus en plus de bons réflexes. 

LCI : Dans les messages de prévention, il est également demandé de ne pas avoir des comportements dangereux, comme allumer un feu à proximité d'une zone boisée. Ces consignes-là sont-elles davantage respectées?

Colonel Stéphane Farcy : Effectivement, pendant des années nous avons constaté des comportements dangereux. Comme par exemple des campeurs sur des zones interdites ou des barbecues près d'une région boisée. Mais aujourd'hui, c'est plus rare. Cela s'explique notamment par le fait que nous pouvons repérer n'importe quelle fumée  très rapidement. En plus, nous faisons des contrôles permanents sur certaines zones, comme au bord du lac où il arrive que certaines personnes allument des feux festifs. 

Pour nous la saison est loin d'être terminée (...) une simple semaine de fortes chaleurs peut s'avérer dangereuseColonel Stéphane Farcy

LCI : Et maintenant que l'épisode de canicule est terminé, plus d'inquiétudes ?

Colonel Stéphane Farcy : Pas du tout. Pour nous la saison est loin d'être terminée. Effectivement la météo est clémente et la population vigilante. Mais une simple semaine de fortes chaleurs peut s'avérer dangereuse. Nous restons encore très vigilant.

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