Irradié sur un chantier à Grenoble, Anthony témoigne

Irradié sur un chantier à Grenoble, Anthony témoigne

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ACCIDENT - Irradié le 23 août 2013 sur le chantier du CEA de Grenoble, un ex-employé de la société D&S chargé du tri des déchets radioactifs a décidé de sortir de l’ombre. Licencié quelques semaines après l’incident pour "faute lourde", il invoque des manquements en matière de sécurité.

Il se fait désormais appeler Anthony, et a convoqué les médias pour raconter son histoire. "Je n’ai plus rien à perdre", affirme-t-il. A 22 ans, Anthony était chargé des travaux pour l’entreprise de radioprotection D&S lorsqu’il reçoit, le 23 août 2013, une dose de rayonnement inhabituelle. Il est alors chargé de trier des déchets radioactifs sur le chantier de décontamination du LAMA (Laboratoire d’analyses de matériaux actifs), au CEA de Grenoble , lorsque son dosimètre sonne.

"Je ne l’ai pas entendu avec le bruit du chantier, alors que mon appareil affichait jusqu’à 40 000 microsieverts/h dans la zone où je travaillais, ce qui est énorme !", témoigne-t-il. Après avoir passé un examen médical qui confirme qu'il n'a pas été contaminé, le salarié retourne le lundi suivant sur un autre chantier avec le même appareil de mesure, avant que son entreprise n’envoie, comme le protocole l’impose, l’appareil à l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) pour subir des analyses. "Lorsqu’on reçoit les résultats le vendredi, j’ai été interdit de chantier car les résultats montraient que j'étais irradié", affirme Anthony. "Cela faisait deux mois que je déplorais chaque jour les conditions de travail sur le chantier, ainsi que la propreté radiologique", ajoute-t-il.

Flou sur l’origine de l’incident

Alors que l’incident est classé de niveau 2 sur 7 par L’Agence de Sureté Nucléaire (ASN), Anthony est mis à pied puis licencié le 15 octobre 2013 par son employeur (la société D&S). "Mon employeur a invoqué une dizaine de motifs, en me reprochant notamment l’introduction d’une source radioactive depuis l’extérieur, et l’exposition volontaire de mes dosimètres. Mais comment aurais-je pu faire entrer des particules radioactives au sein du CEA ?", questionne-t-il.

Son ancien patron, Benoît Marc, répond : "Grâce à son dosimètre électronique, et à sa déclaration, on sait que l’employé a été exposé en dehors de son temps de travail, durant sa pause. Il s’est retrouvé en position de travail isolé alors qu’il avait la consigne de sortir". Quant à la cause exacte de cet incident, le PDG reste évasif : "Les éléments en notre possession laissent supposer qu’il a fait transiter des éléments radioactifs qui n’auraient pas dû être dans cette zone".

Un bout de béton contaminé

Du côté de l’ASN, on annonce que "l’instruction est encore en cours car nous avons reçu des déclarations pas cohérentes, qui méritent d’être complétées. L’hypothèse principale étant que le salarié aurait manipulé un bout de béton contaminé, qui n’aurait pas dû être contaminé. Mais nous attendons l’avis d’un expert indépendant", affirme Matthieu Mangion, chef de la division de Lyon de l'ASN.

Dans une lettre adressée le 26 septembre 2013 au CEA de Grenoble, l’ASN affirme que "l’inspection a mis en évidence des lacunes dans la préparation de l’intervention de reconditionnement des gravats à l’origine de l’événement" ainsi que "des insuffisances dans la coordination entre le CEA et le prestataire retenu pour réaliser cette opération". Le CEA de Grenoble, contacté à plusieurs reprises, ne nous a pas répondu pour le moment.


 

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