Jour de fête à Notre-Dame-des-Landes, jour de colère à Nantes

France
MOBILISATION - Les opposants à l'ex-projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes ont afflué par centaines ce samedi dans le bocage nantais, pour célébrer sur la ZAD leur "victoire historique". Pendant ce temps, les riverains de Nantes-Atlantique ont exprimé une fois encore leur colère.

Venus de Dordogne, de Limoges, de Lille ou de Marseille, mais aussi d'Europe, des dizaines d'autocars transportant des militants anti-NDDL ont convergé toute la matinée vers la ZAD, où a lieu ce samedi une "grande fête de l'abandon" du projet d'aéroport, annoncé il y a près d'un mois par l'exécutif et devenu définitif vendredi avec l'expiration du décret qui le déclarait d'utilité publique (DUP), signé il y a dix ans. 

 

"C'est un jour de fête! On voulait célébrer ça avec ceux qui se sont battus et les remercier pour cette victoire. S'ils ont gagné, c'est parce qu'ils se sont battus, ce sont des résistants", témoigne une militante de la Confédération paysanne, partie "à 01H00 du matin" de Dordogne. "Ce sera une fête grandiose, inouïe, hors norme. Comme la lutte", prédisait de son côté Geneviève Coiffard, membre de la Coordination des opposants, qui regroupe une soixantaine de structures, associations, syndicats et partis politiques. 

Pour célébrer cette "victoire après une bataille de plus de cinquante ans", les anti-aéroport voulaient une "fête démesurée". Au son de fanfares et accompagnés de char, les manifestants de tous âges, munis de bottes ou de chaussures de randonnée, se sont élancés vers 13H30, en deux cortèges distincts, pour rejoindre la ferme de Bellevue, occupée depuis janvier 2013 par un collectif de paysans anti-aéroport. 8.500 personnes étaient présentes sur le site, selon la préfecture, 30.000 à 40.000 selon les organisateurs. Les militants avaient prévu de festoyer jusque tard dans la nuit, autour de cinq scènes musicales. 


"On est ici en train de construire un avenir, on a des projets agricoles, environnementaux, mais aussi sociaux", a déclaré Dominique Fresneau, coprésident de l'Acipa, principale association d'opposants, qui espère "au moins 20.000 personnes" dans le bocage.

Les manifestants se sont ensuite rassemblés dans un champ avoisinant la ferme de Bellevue, baptisé le "champ du grand moment". Les pieds dans la boue, ils ont assisté à l'immolation par le feu d'un avion en bois, posé sur des bottes de paille.  D'autres maquettes représentant des "grands projets inutiles" ont subi le même sort.

Sous le mot d'ordre "Enracinons l'avenir",  les manifestants avaient été appelés à venir chacun avec un arbre ou une plantation. Une action symbolique mais aussi un signal fort envoyé à l'État, alors que la préfète de la région Pays de la Loire, Nicole Klein, s'apprête à ouvrir les négociations sur le devenir agricole du site. "Le moment le plus enthousiasmant et exaltant, il commence aujourd'hui. Il faut qu'on montre qu'on reste complètement déterminés à continuer à prendre soin de ce bocage", explique une occupante de la ZAD.


 Cette démonstration de force vise aussi à "réaffirmer le refus des expulsions" après le 31 mars, date butoir fixée par l'État pour que les occupants illégaux rentrent "dans la légalité".  "Il faut que les discussions sur les terres se passent dans un climat 

serein, donc sans expulsions", explique Cyril Bouligand, membre du collectif de paysans "Copain 44". 

Pendant ce temps, à une trentaine de kilomètres plus au sud, 200 "riverains en colère" de l'aéroport de Nantes ont tenté eux aussi de faire entendre leurs voix. Soutenus par les associations qui étaient favorables au transfert de la plateforme à Notre-Dame-des-Landes, ils ont manifesté en fin de matinée à Bouguenais - la commune qui accueille l'actuel aéroport de Nantes-Atlantique - contre la "haute trahison de l'État" et "la démocratie bafouée".


 Les manifestants, dont certains arboraient des pancartes "La violence a gagné" ou "Macron trahison", ont glissé leurs cartes d'électeurs dans un cercueil disposé à cet effet. Une couronne mortuaire, composée elle aussi de cartes d'électeurs et sur laquelle était inscrite "Ci-gît la démocratie", avait été placée sur ce cercueil qui doit prendre ensuite le chemin de l'Élysée. 

Grands perdants de l'arbitrage présidentiel, les riverains de l'actuel aéroport de Nantes espéraient en effet être débarrassés des nuisances sonores avec le transfert, à terme, de l'essentiel du trafic aérien sur le bocage nantais de Notre-Dame-des-Landes. Avec l'agrandissement de la piste prévu à Nantes-Atlantique, les nuisances devraient s'accroître plaident les riverains.

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