La ZAD, cet autre village d’irréductibles

La ZAD, cet autre village d’irréductibles

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REPORTAGE - En quelques années, un "village" a poussé sur la zone réservée au projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, avec ses boulangers, ses médias… et ses conflits de voisinage

C’est devenu "un emblème fort de la résistance" pour ses habitants. La ferme de Bellevue, située au cœur de la zone d’aménagement différé (ZAD) de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), fêtait ce dimanche le "premier anniversaire" de son occupation par des agriculteurs opposés au projet d’aéroport. Depuis le départ de son dernier locataire, plutôt que de la laisser aux mains du groupe Vinci, ces derniers y ont réinstallé un "atelier de transformation laitière" et un four à pain... Une cave d’affinage, pour les fromages, est également en cours de construction. "Le but, c’est de se projeter à moyen terme, histoire aussi de montrer qu’on est là pour durer", explique Xavier, 42 ans, l’un des occupants de la ferme de Bellevue.

Un mirador sur le toit de la ferme

Au grenier, des machines à coudre permettent de réparer les pantalons troués ou de confectionner des déguisements pour les actions médiatiques. Un "mirador" symbolique a également été installé sur le toit, tandis que des tracteurs encerclent la ferme en guise de sentinelles. "On assure aussi une surveillance des hôtels de la région, pour voir s’ils ne logent pas des gendarmes mobiles", confie Cyril Bouligand, un agriculteur du Copain (Collectif des organisations professionnelles agricoles indignées par le projet d’aéroport). "Beaucoup de gens nous alertent. Même des flics nous donnent des informations, tellement ils trouvent ce projet aberrant…".

200 habitants en permanence

Mais Bellevue n’est que l’un des hameaux de la ZAD : une cinquantaine de lieux d’habitation (maisons squattées, cabanes dans les arbres, caravanes…) y sont implantés, au total. Soit environ 200 habitants en permanence. Un "village" qui a poussé à l’extérieur du bourg, en l’espace de quelques années, où l’on essaie de reproduire un mode de vie en collectivité idéal. Des réunions y sont par exemple régulièrement organisées pour prendre des décisions collégiales. Un "village" qui a ses maraîchers – qui vendent leurs légumes à "prix libres" – mais aussi ses boulangers, comme Damien. Ce trentenaire fabrique 80 kg de pain deux fois par semaine, dans une ancienne dépendance de la ferme des "Fosses Noires". Pour s’alimenter, d’autres "zadistes" pratiquent aussi "la récup" dans les poubelles des hypermarchés nantais.

Radio Klaxon pirate toujours le 107.7 FM

Le village de la ZAD a aussi son cabinet médical, à travers la "caravane médic" de Sophie, 36 ans, est toujours aux Fosses noires. Cette ancienne infirmière du CHU de Caen (Calvados) soigne les maux de tête et plaies des zadistes, quitte à renvoyer les cas les plus sérieux aux urgences à Nantes. Des zadistes qui ne vivent pas coupés du monde : juste à côté, trois PC les attendent dans la "caravane Internet". Eddy, un "indigné" de 34 ans originaire de Revin (Ardennes), y prépare ainsi sur Facebook un "voyage en Grèce pour aller voir les anarchistes" locaux. La ZAD a aussi ses médias : Radio Klaxon pirate toujours les ondes du 107.7 FM… dévolues à Radio Vinci Autoroutes.

Conflits de voisinage

Enfin, la ZAD a aussi ses conflits de voisinage, comme n’importe quel autre village. "Entre les féministes, les spécistes ou les vegan , il y a parfois des tensions, convient Georges, 43 ans, qui s’est installé dans une maison en paille à la Chat Teigne, un hameau construit ex nihilo dans une clairière de la forêt de Rohanne. Certains végans n’acceptent pas par exemple qu’on puisse boire du lait… Et l’autre jour, des spécistes ont libéré un bouc, alors qu’il peut très bien blesser des passants."

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