L’absence de grande mosquée à Marseille favorise-t-elle la radicalisation ?

FRANCE

RELIGION – Depuis 2010, le projet de grande mosquée à Marseille ne parvient pas à se finaliser. Un problème de taille déplorent certains représentants de la communauté musulmane de la seconde ville de France pour lutter contre la radicalisation.

C'est un vieux serpent de mer. Deux semaines après les attentats terroristes commis à Paris , la communauté musulmane de Marseille – qui a dénoncé, par la voix de ses représentants, les agissements des terroristes – veut être entendue sur une de ses principales revendications : la création d’une grande mosquée.

"Notre objectif n’est pas de recruter davantage à travers cet édifice, souligne Moussa Koité, secrétaire général de la mosquée Bilal , située côté de la gare Saint-Charles. Mais nous avons besoin d’un lieu de culte digne de ce nom. Pour éviter notamment que certains tombent dans les bras de prêcheurs non reconnus qui les pousseraient à mener une guerre qui n’est pas la leur".

Accords et désaccords autour de la grande mosquée

Une radicalisation "souterraine", poursuit Moussa Koité, favorisée par "les pays" qui ont les moyens d’attirer et de mener les activités terroristes. "Ce n’est qu’une minorité de jeunes, bien sûr, relativise-t-il, mais la dérive de quelques-uns s’est tristement illustrée ces derniers jours. Une grande mosquée digne de ce nom permettrait de contrôler, de s’unir contre les dérives".

Mais s'agissant d'union, les Marseillais de confession musulmane sont encore loin de l’objectif. Censées se rassembler autour de ce projet, les différentes communautés de Marseille ne sont jamais parvenues à s’entendre. Surtout sur la question du financement. "Il faut qu’il soit moins opaque, que des entreprises françaises puissent nous aider à la bâtir", glisse Moussa Koité. Difficile à faire en raison de loi de 1905 sur la séparation de l’église et de l’Etat.

Au cours de ses vœux à la presse, lundi, le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin – qui avait posé la première pierre de la grande mosquée sur un terrain municipal du XIII arrondissement – a reconnu son impuissance sur le sujet . "Il faut que l’Etat ouvre le débat sur le sujet, conseille le secrétaire général de la mosquée Bilal. En 2005, le gouvernement avait acté sans suite la création d’ une fondation pour financer les mosquées , rappelle Moussa Koité. Aujourd’hui, où en sommes-nous ? Et quel constat faisons-nous de l’islam en France ?" s'interroge-t-il.
 

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