Latifa Ibn Ziaten, mère de la première victime de Merah : "On n’a pas retenu la leçon"

FRANCE

CHARLIE HEBDO – La vague d’attaques qui a touché la capitale la semaine dernière a réveillé une vive douleur chez Latifa Ibn Ziaten. Plus que jamais, elle souhaite que l’Etat vienne en aide aux jeunes en rupture.

On se souviendra probablement tous du moment où l’on a appris la terrible nouvelle. Latifa Ibn Ziaten était dans le TGV, en route pour aller à la rencontre de lycéens à Saint-Etienne. Et immédiatement, cette évidence : "Ça recommence." Depuis trois ans, cette mère de famille porte le deuil de son fils Imad, soldat tué par Mohamed Merah. L’attaque de Charlie Hebdo, mercredi dernier , "a réveillé une douleur qui dort dans le ventre, dit-elle. C’était trop dur."

Très "émue", Latifa Ibn Ziaten a tenu à participer à la marche organisée dimanche dernier à Paris. "Le peuple était dans la rue, à la fois triste et joyeux, solidaire. C’est ça la force de la France", dit-elle.

"Des jeunes me disent : "la République nous a oubliés""

Elle ne peut toutefois s’empêcher d’avoir un regret : "Il n’y a pas eu autant de soutien après les attaques de Merah contre l’armée et les enfants juifs… Je me souviens avoir pensé à l’époque : "les Français sont égoïstes". Je sais aujourd’hui que je me trompais."

Mais une chose est sûre, pour elle, "la France aurait dû se réveiller avant". " Je l’avais dit plusieurs fois : il y aura d’autres Merah. On n’a pas retenu la leçon. Ce sont nos enfants, nés en France, qui partent en Syrie aujourd’hui. On ne peut pas laisser faire. " Toute la question est de savoir comment agir. " En tout cas, pas en mettant l’armée dans la rue", affirme la mère de famille.

"Il faut expliquer aux jeunes que les journaux sont libres"

Invitée régulièrement, avec son association Imad Ibn Ziaten pour la jeunesse et pour la paix, à venir témoigner dans les collèges et lycées, où elle expose sa vision d’un islam de paix et de tolérance, Latifa Ibn Ziaten sait que c’est auprès de la jeunesse en rupture qu’il faut intervenir.

"Des jeunes me disent :"la République nous a oubliés". Ou encore : "nous n’avons pas notre place ici". Ça fait mal d’entendre ça. Il faut être à l’écoute de ces jeunes souvent livrés à eux-mêmes, qui manquent d’amour et de confiance. " Concernant les terribles événements de la semaine dernière,

Latifa Ibn Ziaten prône la pédagogie. " Il faut absolument expliquer aux jeunes que les journaux sont libres, qu’ils ont le droit de publier des dessins sur toutes les religions. Ce ne sont que des dessins ! Cela ne changera rien à leur foi. Il faut leur dire tout cela. "
 

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