Le cœur du système d'électricité français palpite à Saint­-Denis

Le cœur du système d'électricité français palpite à Saint­-Denis

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COULISSES - ­ Le Centre national d'exploitation du système de Réseau de transport d'électricité (RTE), à Saint-­Denis, gère les lignes à haute tension françaises. Une mission périlleuse en hiver, où l'équilibre entre offre et demande d'électricité est un enjeu crucial.

La salle forme un arc de cercle, aux murs hauts et lambrissés, recouverts de trois écrans géants. Sur l'un, des chiffres défilent, sur un autre des voyants clignotent frénétiquement. D’aucuns pourraient croire à un bunker militaire, mais nous sommes en réalité au cœur du système d'électricité français. L'entreprise publique Réseau de transport d'électricité (RTE) gère depuis Saint­-Denis les flux sur 100 000 km de lignes haute et très haute tension. Au centre de surveillance national - ­ le "dispatching" - ­ on ouvre et ferme le robinet de l'électricité selon les pics de consommation, avec l'objectif constant d'éviter le tant redouté "black-out". "Une telle panne n'est pas arrivée depuis 1978 en France, sourit Jean­-Paul Roubin, directeur du centre. Nous prévoyons tous les incidents possibles avec des simulateurs. Mais le risque zéro n'existe pas", concède-t-il.

Preuve en est cette nuit du 4 novembre 2006. Il est 20h36, un paquebot navigue sur la rivière Ems, au nord de l'Allemagne. Pour éviter des interférences avec la ligne de 400 000 volts qui passe au­ dessus, les Allemands la mettent hors tension. Grave erreur. "Une autre ligne est alors passée en surcharge, se souvient Jean­-Paul Roubin. Le réseau interconnecté européen a été coupé en trois, en trente secondes". Par précaution, RTE ferme une partie du réseau, laissant 15 millions d'Européens dans l'obscurité pendant une heure, dont 5 millions de Français. Une opération de "délestage" qui visait à maintenir l'équilibre entre offre et demande d'électricité, et pilotée par les "dispatcheurs".

Près de 50 000 données gérées en temps réel

Ils sont un peu l'élite de RTE. Dans la salle de contrôle ce matin-­là, on rit autour d'un café, mais la pression est permanente : une équipe de 55 personnes se relaie sept jours sur sept et 24h sur 24, recevant 50 000 données en temps réel. Certains assurent l'équilibre sur le réseau, maintenant la fréquence du courant à 50 Hz sous peine d'arrêt des machines. D'autres s'occupent des échanges commerciaux avec les pays voisins. En soutien, une équipe de prévisionnistes établit des scénarios pour le lendemain.

Si la météo s'annonce maussade, il faudra compenser la perte engendrée par les énergies renouvelables ou importer. "En fin de journée, je rentre ces informations dans un calculateur pour prévoir le niveau de production du lendemain et les marges en cas de froid", explique Jean­-Paul Roubin. Et ces marges sont primordiales : en hiver, si la température baisse d'un degré, il faut prévoir une production de 2400 Mégawatt supplémentaires. Soit deux fois la consommation d'une ville comme Marseille.

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