Le gavage des oies est-il un acte de cruauté ? Réponse jeudi

FRANCE

JUSTICE - Un producteur de foie gras comparaît jeudi devant le tribunal correctionnel de La Roche-sur-Yon, après avoir été cité pour "sévices graves et actes de cruauté" par une association de défense des animaux, qui milite contre le gavage.

En gavant ses oies, ce producteur pratiquait-il un acte de cruauté ? C’est le problème sur lequel le tribunal correctionnel de la Roche-sur-Yon va se pencher, jeudi. Une entreprise de foie gras a en effet été cité pour "sévices graves et actes de cruauté" par une association de défense des animaux , qui milite contre le gavage.

En novembre 2013, l'association L214 avait publié une vidéo dénonçant les conditions de gavage des canards dans des fermes sous contrat avec la société Ernest Soulard, installéedans la commune de L'Oie (Vendée), qui fournit de grandes tables parisiennes. Les images montraient des canards cantonnés dans des cages individuelles, ne pouvant pratiquement pas bouger. A la suite de la diffusion de cette vidéo, le chef multi-étoilé Joël Robuchon avait décidé de suspendre ses approvisionnements chez ce fournisseur.

Le "premier procès du gavage en France"

L214 avait porté plainte début 2014 pour "sévices graves ou actes de cruauté envers les animaux" et pour "mauvais traitements envers un animal". Pour l'association, ce "premier procès du gavage en France" va permettre "de discuter du fondement, de la légalité ou pas de cette pratique" et des "conséquences qu'elle peut avoir sur les animaux", explique la porte-parole, Brigitte Gothière.

L'avocate de l'association, Hélène Thouy, indique que "la société Ernest Soulard est visée car nous avions des éléments suffisants pour engager la procédure". Et si la société est condamnée, "cela aura évidemment une incidence sur la pratique du gavage, interdite par de nombreux pays". D’après elle, le délit "d'actes de cruauté" est passible de "30 000 euros d'amende et deux ans d'emprisonnement".

"Nous ne sommes pas des barbares"

Le directeur général d'Ernest Soulard, Roland Tonarelli, nuance : "Ce n'est pas le procès du gavage", indique-t-il. "La question est : est-ce qu'il y a eu maltraitance ou pas ? Nous allons démontrer pas à pas, minute par minute, que ce n'est pas le cas. Nous avons des éléments factuels pour démontrer que la vidéo est un montage (...) et que tout n'a pas été tourné chez nous". Il pointe des erreurs dans la vidéo, comme "des cages très sales sur un plan global", puis "d'un coup une cage très propre sur un plan serré".

La société vendéenne avait porté plainte peu après la diffusion de la vidéo pour "violation de domicile" et pour des dégradations. L'association L214 et deux de ses membres doivent comparaître également jeudi pour ces faits. "Nous ne sommes pas des barbares (...). La vidéo a fait du mal aux producteurs et créé un climat de suspicion", déplore Roland Tonarelli, "convaincu" que l'entreprise "sortira blanchie de cette affaire". L'Union européenne, qui a interdit les cages individuelles en 2011, a donné aux producteurs jusqu'au 31 décembre 2015 pour s'équiper de cages collectives pour le gavage.
 

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