Le plan com' de Kerviel tourne à la "cacophonie"

FRANCE
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INTERVIEW - Patricia Chapelotte, présidente de l'agence Albera conseil, a été la dernière conseillère en communication de Jérôme Kerviel, pendant deux ans, avant que celui-ci ne décide en 2010 de gérer seul son image. Pour cette spécialiste de la communication de crise, "l'hystérie et la récupération politique" font aujourd'hui du tort à l'ancien trader de la Société générale.

La reddition de Jérôme Kerviel, à Menton (Alpes-Maritimes)  a été largement relayée par les médias ce week-end. Cette omniprésence sert-elle sa cause ? 
Non. La sphère médiatique se retourne contre Jérôme Kerviel en faisant du storytelling, cette technique de communication qui cherche à raconter une histoire. On a pu suivre en détails tout ce qu'il avait fait. Sa rencontre avec le pape François, le début de sa "marche de l'espérance" entre Rome et Paris... Jusqu'à son appel à François Hollande et finalement son interpellation à Menton dimanche soir. Tous ces épisodes créent au final de la confusion dans l'esprit des gens. Le grand public n'y comprend plus rien.

Selon vous, une telle mobilisation peut-elle même le rendre antipathique ?
Non, car l'opinion considère qu'il n'a pas pu perdre 4,9 milliards d'euros tout seul. Mais on commence a être perdu par l'hystérie autour de son cas. Les interventions sur place de son comité de soutien, du prêtre qui l'accompagne dans sa marche ou encore de Christophe Barratier (NDLR: réalisateur des Choristes), se sont multipliées depuis ce week-end. Sans oublier la récupération politique par le Front de gauche ou le Front national, qui en font un symbole des dérapages du monde de la finance. Résultat, c'est la double peine pour Jérôme Kerviel. Il est non seulement victime d'un système qui lui a valu d'être condamné à de la prison, mais il est aussi victime de la mobilisation autour de lui, car la multitude de porte-paroles crée une cacophonie.

Si vous étiez encore sa conseillère aujourd'hui, que lui recommanderiez-vous ?
Je lui dirais d'arrêter tout cela et de ne garder que son avocat, maître Koubbi. C'est le seul qui devrait prendre la parole publiquement. Toutes les autres interventions lui font du tort. C'est regrettable, car je suis persuadée que cette marche était spontanée : quand on est au bord du désespoir, on se raccroche à la spiritualité. 

Pourquoi aviez-vous pris en charge la communication de Jérôme Kerviel quelques mois après le début de l'affaire, et pourquoi votre collaboration avait-elle pris fin? 
Jérôme Kerviel était venu me chercher car on lui avait donné mon nom. Dès le début, j'ai trouvé son histoire totalement délirante et passionnante. Un jeune trader de 30 ans qui se retrouve, du jour au lendemain, désigné comme l'ennemi public numéro un... Quand on fait de la communication, c'est un cas d'école. J'ai ensuite pris mes distance avec lui, après plus de deux ans de collaboration, parce qu'il  s'apprêtait à sortir un livre juste avant son premier procès. J'estime que cette publication à ce moment-là était une énorme bêtise. Depuis, il n'a plus d'agence de communication derrière lui. 

*Patricia Chapelotte a écrit De Kerviel à Clearstream, l'art de communiquer lors des grands procès, éditions Eyrolles, 2012.

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