Le quartier de la Joliette à Marseille poursuit sa mue

Le quartier de la Joliette à Marseille poursuit sa mue

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URBANISME - Un investissement public-privé de 8 milliards d’euros transforme le quartier de la Joliette, à Marseille. Zone portuaire, zone populaire, elle devient l’épicentre d’une volonté de renouveau culturel de la ville.

Lunettes noires, casquette et pipe au bec, André "le Corse" prend un bain de soleil. Sur l’esplanade de la cathédrale la Major, le temps semble s’arrêter quand le vent se tait. Imperturbable, même quand un dalmatien et un griffon, un impressionnant chien de chasse, se montrent les crocs juste à côté de lui. "Je me sens bien ici ! C’est du beau boulot ce qui est fait dans le quartier. Dire qu’ici ce n’était qu’un terrain vague avec des millions de rats", se souvient ce pâtissier à la retraite qui vit ici depuis quarante ans.

"Ici", c’est tout le périmètre de la majestueuse cathédrale , et notamment son sous-sol : les voûtes, pour lesquelles la Caisse d’épargne a investi 25 millions d’euros. Le chantier arrive à son terme, les premiers commerces, bars et restaurants se sont installés. Les autres vont suivre d’ici à l’été.

Une vraie vie de quartier

Cela plaît beaucoup moins à André. Le vieil homme apprécie la belle pierre du fort Saint-Jean et le voisinage du MuCEM mais il a tendance à se méfier des vitrines des nouveaux centres commerciaux, qui « tuent le contact humain", estime-t-il. La Joliette est pourtant loin d’avoir perdu son sel.

Des éclats de voix retentissent non loin. Une embrouille ? Non, une partie de pétanque passionne une bonne vingtaine de personnes entre la Major et l’évêché. "Entre les curés et les flics, on en fait du bruit, mais on se tient à carreau", résume Armand. Un carreau, un des joueurs vient justement d’en manquer un et la sanction tombe : "Eh, va jouer au bowling", raille un adversaire. Tout le monde se connaît, se salue. Des gros mots fusent aussi. En français, en espagnol ou en arabe." Ah, c’est sûr, vous n’allez pas rencontrer Victor Hugo, ici, il n’y a que des drôles", se marre un des spectateurs.

Un lieu de culture aussi

Et pourtant, on parle aussi culture. A un passionné de photo, son appareil vintage autour du cou : "Vous remontez en haut de la rue du Panier, et vous demandez Véro. Elle fait une expo sur les oiseaux", renseigne Jean-Paul. Ce quadra, doudoune bleue sur les épaules, est fier du virage opéré et du nouveau visage du quartier depuis 2013 : "C’est la culture à fond ! Il y a les gros musées, mais plein de petits artistes s’installent aussi dans le coin et exposent".

Assise sur une corniche, Amandine, étudiante en hôtellerie, révise ses cours. Dos au tumulte des boulistes et face à la rade, elle apprécie "le folklore" et profite "du décor naturel du bord de mer". C’est, selon elle, le principal atout de ce quartier en pleine mutation. Son espoir, teinté de crainte : "Pourvu que ça ne devienne pas trop chic".
 

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