Les Chevaliers du Fiel : "Toulouse, c’est une bodega géante, une petite Barcelone"

FRANCE

INTERVIEW - Eric Carrière et Francis Ginibre, alias les Chevaliers du Fiel, sont de retour à la Comédie de Toulouse du 19 au 22 mai avec leur dernier spectacle Croisière d’enfer ! Rencontre avec deux artistes hyperactifs, heureux de retrouver leur ville.

Ils triomphent dans la France entière. Avant Avignon, où ils passeront comme tous les ans le mois de juillet à jouer dans leur théâtre (Le Paris), et une rentrée qui s’annonce plus que chargée entre la sortie de leur premier film à l’automne (adapté de leur pièce à succès Repas de famille) et la reprise de la tournée de Croisière d’enfer !, Les Chevaliers du Fiel nous ont accordé une interview. Confidences de deux stakhanovistes de l’humour qui ne cessent jamais de travailler.

Après votre triomphe à Paris au Théâtre des Variétés, vous revenez à Toulouse jouer votre dernier spectacle, Croisière d’enfer ! Dans quel état d’esprit êtes-vous ?
On rentre à la maison ! On va pouvoir se poser un petit peu avant le festival d’Avignon. On est super contents. Le spectacle marche très bien. Les salles sont pleines partout en France. Nous venons d’apprendre que nous sommes les artistes qui avons vendu le plus de places de spectacle, catégorie humour, cette année. On a déjà des dates de la tournée 2015/2016 qui affiche complet. C’est magnifique ! Etre sur scène est une drogue dure, vous savez. Alors en ce moment, on savoure.

Comment expliquez-vous le succès phénoménal de ces dernières années ?
C’est difficile à analyser… Outre le fait d’apprécier notre humour et nos spectacles, les gens doivent sentir qu’on les aime. Après chaque représentation, même si on est éreintés, on passe au moins une heure à signer des autographes, à faire des photos. Ils savent aussi que l’on ne joue pas un « rôle », que l’on n’est pas « un coup » marketing. Cela fait quinze ans que l’on fait ce métier, quinze ans que l’on propose très régulièrement de nouveaux spectacles. On n’est pas obligés d’être si productifs. Croisière d’enfer ! marche très bien. On pourrait se dire « allez, on est tranquilles au moins pour cinq ans ! », mais non. On travaille déjà sur une nouvelle pièce qu’on a hâte de présenter dès l’année prochaine. De la même manière, nous faisons sans cesse évoluer nos spectacles. On cherche à les perfectionner en permanence.

Vous participez à Vivement Dimanche et au Plus grand cabaret du monde, sur France 2. Vos spectacles sont diffusés (et rediffusés !) régulièrement sur France 4. La télévision est-elle une étape indispensable pour les humoristes ?
C’est quitte ou double. Pour nous, ça a été positif. Nos passages chez Michel Drucker et Patrick Sébastien nous ont permis d’accroître notre notoriété, mais la radio a également joué un rôle fondamental dans notre parcours. Avec notre émission quotidienne sur France bleu, on touche quatre millions d’auditeurs d’un coup. Ça fait quinze ans qu’on est sur les ondes. Tous les jours, Eric écrit un nouveau sketch. C’est un travail énorme, mais quel plaisir de nouer cette relation avec les auditeurs !

Malgré toutes vos activités, vous avez choisi de rester vivre à Toulouse. Vous êtes la preuve que tout ne passe pas par Paris ?
Au départ, on nous disait : « Pour percer, vous serez obligés d’aller à Paris. » On a toujours refusé. Même si nous sommes souvent dans les avions, car nous passons à peu près un tiers de notre temps à Paris, notre ancrage est définitivement à Toulouse. Nous y avons installé notre société de production, nous y avons deux théâtres et un restaurant. Nous y organisons un festival d’humour…

Comment l’envie d’acquérir des salles de spectacle (deux à Toulouse et une à Avignon) est-elle née ?
Les clowns achètent des cirques. Les comédiens doivent acheter des théâtres. Nous sommes les mieux placés pour tenir une salle de spectacle, beaucoup mieux que des fonctionnaires d’Etat qui gèrent ça en dépit du bon sens. Par ailleurs, un théâtre, c’est un laboratoire génial pour un artiste. Quand on créé un spectacle, on le rode chez nous. Et puis, ça nous permet de rester plus longtemps à Toulouse pendant l’année et de passer le mois de juillet à Avignon ! Enfin, ça nous donne l’occasion de tisser des liens forts avec d’autres artistes. On accueille ceux que l’on aime, comme Chantal Ladesou, par exemple, ou on encourage de nouveaux talents en les produisant, comme Artus, que l’on soutient en ce moment.

A Toulouse, vous avez ouvert le Rex en janvier. Que peut-on y voir ?
C’est un lieu très différent de La Comédie de Toulouse, qui est un théâtre à l’italienne avec une programmation exclusivement théâtrale. Le Rex a été pensé comme un cabaret. C’est un lieu de dîner-spectacle. La programmation y est éclectique. On y propose autant des spectacles d’humour que des concerts de jazz ou des soirées flamenco/tapas.

Vous êtes aussi propriétaires d’un restaurant à Toulouse, Fiel mon restô. Les Chevaliers du Fiel sont-ils en train de faire main basse sur la ville ?
Pas encore ! Mais comme on aime bien manger, on trouvait que c’était sympa d’ouvrir un resto. Il est situé juste à côté du Rex. On est fiers de cet endroit. L’un de nos cuisiniers, Olivier Gulizzi, dirigeait un restaurant étoilé avant de nous rejoindre. C’est une bonne table de Toulouse. Il était hors de question pour nous de proposer des sandwichs sous vide.

"A Toulouse, on a toujours l’impression d’être étudiant"

Quand vous ne dînez pas dans votre établissement, quelles tables fréquentez-vous ?
On adore aller chez Michel Saran, qui est, d’après nous, le meilleur resto de Toulouse. On aime aussi Le Télégramme, pour manger des tapas, et Le Grand Zinc qui est notre voisin et donc notre concurrent, mais aussi notre ami !

Peu de duos d’humoristes résistent au temps et au succès. Avez-vous déjà songé à vous séparer ?
Jamais ! On serait fous. Ça ne nous empêche pas de faire des choses ailleurs. Eric écrit pour Michel Galabru, les Vamps, Chantal Ladesou… Mais on ne travaille pour d’autres artistes que quand on a le temps. Ce sont des projets qui viennent après ceux des Chevaliers du Fiel. Notre priorité absolue, c’est nous. Et comme, on travaille énormément pour nous, on n’a pas beaucoup de temps pour aller voir ailleurs. Cette année, on a joué plus 160 dates, on a tourné notre premier film. Cela laisse peu de temps pour se faire des infidélités…

Vous avez adapté votre pièce Repas de famille sur grand écran. Faire du cinéma était-il un rêve depuis longtemps ?
On en parlait depuis longtemps, mais à chaque fois, on se confrontait au même problème : le manque de temps. Cette année, nous nous sommes mieux organisés ! On a tourné en automne dernier avec Mado La Niçoise, Joël Cantona, Lorella Cravotta et plein de jeunes humoristes : Artus, Lamine Lezghad, Sacha Judaszko… Le film est au montage, il est réalisé par Pierre-Henry Salfati et sortira en octobre 2014. On a beaucoup aimé. On pense déjà renouveler l’expérience avec une histoire inédite, cette fois-ci. Notre seul regret dans cette aventure, c’est de ne pas avoir pu tourner à Toulouse…

Les Chevaliers du Fiel réalisent un film et il n’est pas tourné à Toulouse. Pourquoi ?
Vous aussi, vous trouvez ça aberrant ? Aussi étrange que cela puisse paraître, le conseil régional de Midi-Pyrénées n’a jamais répondu à notre demande de soutien alors que celui de la région Paca a accepté en cinq minutes. Nous avons donc tourné notre film dans le Sud-Est et dépensé plusieurs millions d’euros à Marseille plutôt qu’à Toulouse… On va faire un sketch autour de cette histoire quand le film sortira. Il s’appellera « le chef de cabinet », on convoquera toute la presse et on le dédiera au conseil régional de Midi-Pyrénées !

Rassurez-nous, cette expérience n’altère pas votre amour pour Toulouse ?
Non ! D’ailleurs, en dehors de ça, on s’entend plutôt bien avec la municipalité. Et puis Toulouse reste évidemment une ville qu’on adore. Toulouse, c’est une ville vivante, rebelle, festive, énergisante qui a une vraie identité. C’est un endroit dans lequel on a toujours l’impression d’être étudiant même quand on ne l’est plus depuis longtemps ! C’est une bodega géante, une petite Barcelone. On n’a qu’un reproche à lui faire : il n’y a pas la mer !

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