Les salariés de Saint-Louis à Marseille ne veulent pas se faire "sucrer"

Les salariés de Saint-Louis à Marseille ne veulent pas se faire "sucrer"

ECONOMIE – Après l’annonce en janvier dernier de l’arrêt de l’activité du raffinage de sucre de canne dans l’usine Saint-Louis de Marseille, les salariés ont décidé de porter un projet alternatif.

Une page de l’histoire va-t-elle se tourner ? Implantée depuis 1857 dans le quartier Saint-Louis au nord de Marseille, la dernière usine française de raffinage du fameux sucre Saint-Louis , est en passe de cesser son activité. Une décision prise en janvier par la direction qui veut se reconcentrer sur le conditionnement, au même endroit, du sucre de betterave (90 % de la production aujourd’hui, ndlr). Une fin synonyme de l’arrêt des cargaisons de sucre de canne acheminées au port de Marseille depuis les DOM-TOM et la réduction des effectifs sur place. Sur les 120 salariés de l’usine, le plan ne prévoit d’en garder que 50.

"Cette stratégie illustre le choix de satisfaire le monde la finance", dénonce la secrétaire générale de la CGT Hélène Honde, en rappelant les 7,7 milliards d’euros de chiffres d’affaires du groupe allemand Südzucker, propriétaire de la marque de sucre Saint-Louis. "Il n’y a aucune justification économique", poursuit le délégué CGT de l’usine Fabien Trujillo, "stupéfait" du coût économique et écologique de la nouvelle stratégie. "On va faire venir 1800 camions du nord de la France pour conditionner ici du sucre de betterave, alors que nous avons tous les outils de raffinage sur place", souligne-t-il.

Un projet alternatif de raffinage

Histoire de ne pas se faire "sucrer" comme le soulignent avec humour certains salariés en grève mardi, la plupart d’entre eux a décidé de se mobiliser pour maintenir l’activité de raffinage dans l’usine. Après l’étude d’un cabinet d’experts, ils ont décidé de proposer à leur direction un projet alternatif. "Notre objectif est de raffiner 80 000 tonnes en 2016, puis 280 000 tonnes en 2018 pour assurer la demande en sucre", détaille Fabien Trujillo. Selon lui, ce marché est en pleine croissance notamment dans les pays du nord de l’Afrique.

Reste à convaincre leur direction du bien-fondé de leur proposition. La tenue d’un comité d’entreprise la semaine prochaine leur permettra d’exposer en détail leur projet. Sur le plan politique, ils ont réussi à obtenir un entretien mercredi avec le cabinet du ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll . En attendant, les salariés souhaiteraient un appui des politiques au niveau local. "Au début, on a eu des soutiens, mais plus rien maintenant", déplore Lionel Macron, délégué CFDT. "C’est rageant d’autant que notre projet est porteur d’emplois dans les quartiers Nord", explique-t-il.

A LIRE AUSSI >> En 2007, Saint-Louis supprimait déjà 120 emplois

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