Loi Duflot : les professionnels tirent la sonnette d'alarme à Nice

FRANCE
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LOGEMENT – Selon l’Union des syndicats immobiliers de la Côte d’Azur, la loi sur l’encadrement des loyers pourrait déstabiliser un marché local déjà en crise. Explications.

L’inquiétude. C’est le sentiment qui domine, à la veille de la publication des décrets de la loi Duflot, chez les professionnels des Alpes-Maritimes, à en croire Christian Poirée, président de l’Union des syndicats de l’immobilier du département. Selon lui, cette loi votée en mars dernier, appelée aussi loi Alur (pour "accès au logement et urbanisme rénové") risque bien de contraindre de nombreux propriétaires bailleurs à mettre en vente leur bien, du fait de la baisse de rentabilité locative des appartements frappés par l’encadrement des loyers.

"Certaines personnes qui se sont endettées pour acheter un appartement ne pourront plus faire face à leurs échéances à cause de la baisse des loyers, et beaucoup vont être forcés de revendre", explique Christian Poirée. Une aubaine pour les ménages acheteurs, car une baisse des prix est inéluctable devant un tel afflux. Une moins bonne nouvelle pour ceux qui cherchent une location et pour qui l’offre risque de se réduire. La loi pourrait ainsi avoir l’effet inverse de celui escompté.

Une baisse des loyers de 6%

Michel Mouillart, professeur d’économie à l’université Paris Ouest et créateur de l’observatoire des loyers Clameur, a évalué à pas moins de 6% la diminution prévisible du niveau moyen des loyers à Nice du fait de la loi Duflot. Et il confirme les craintes des professionnels. "Le dispositif d’encadrement des loyers est déstabilisateur pour le secteur locatif privé, dit-il. Pour maintenir un rendement satisfaisant, les bailleurs vont être tentés de réaliser des plus-values en capital dès que le marché ancien se sera suffisamment redressé." Et de pointer le risque de vente d’une partie du patrimoine locatif privé, à l’instar de ce que la France a déjà connu entre 1978 et 1988.

Un marché déjà dépressif

Cette loi intervient, qui plus est, à un moment où le marché niçois traverse une crise profonde. Sur l’année 2014, la crise est telle que les loyers du privé, selon l’étude Clameur, ont baissé dans la ville de 1,1%, alors qu’ils grimpent dans le même temps de 1,1% pour la France et de 1,4% pour la région Paca. Dans l’ensemble du département, la baisse est limitée à -0,1%. Les bailleurs niçois, en peine pour trouver des locataires suffisamment solvables, sont en fait contraints de baisser leurs prix pour réussir à louer leur bien. Au mètre carré, le loyer moyen s’établit désormais à 14,8 euros à Nice, contre 15,7 euros à Cannes et 15,8 euros à Antibes où les prix continuent de flamber.
 

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