"Manuel Valls va avoir du mal à trouver une majorité"

FRANCE
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INTERVIEW – La France connaît depuis ce lundi une crise politique, dans laquelle certains voient déjà une crise de régime. Après la démission du gouvernement Valls, le politologue Christian Bidégaray, ancien Directeur du département Science Politique et du Laboratoire ERMES (Nice) revient pour Metronews sur les conséquences de cette annonce…

Comment peut-on envisager la suite des évènements ?

Dans l'immédiat, on voit bien la fracture du PS en deux camps : les archéo-socialistes (politique de la demande) et les sociaux-démocrates (politique de l'offre). Manuel Valls va donc avoir des difficultés à trouver une majorité pour l'épauler, puisque le PCF, le Front de Gauche, une bonne partie des Verts et les "frondeurs" vont lui faire la guerre. Le gouvernement pourra quand même obtenir des majorités, loi par loi (comme sous Michel Rocard ou Raymond Barre). Actuellement, je vois deux hypothèses : ou bien les opposants de gauche continuent de s'abstenir sans renverser le gouvernement de peur d'une dissolution et de la perte de leur siège ou bien ils font tomber le gouvernement, entraînant alors une dissolution.

Les "frondeurs" peuvent-ils prendre de plus en plus de poids, jusqu'à pousser le Président à choisir un nouveau Premier ministre ?

Le groupe des frondeurs n'a pas de leader clair. Paul, Guedj, Baumel ? Ils ne se risquent pas pour l'instant à scier la branche sur laquelle ils sont. Cependant, il est clair que la majorité s'est amenuisée en tant que force disciplinée. Changer de Premier ministre en 2015 ou 2016 semble hasardeux, car en septembre il y a les sénatoriales que la droite espère gagner, et en 2015 il y aura les régionales. Un changement à Matignon semble donc peu probable.

La dissolution de l'Assemblée nationale est-elle vraiment envisageable ?

Le Président peut dissoudre comme il veut et quand il veut (article 12 de la Constitution), mais souvenons nous de la dissolution "de complaisance" de Jacques Chirac en 1997, qui lui a amené Lionel Jospin et cinq ans de cohabitation ! Une dissolution ne serait justifiée qu'en cas de blocage de l'Assemblée ou de renversement du gouvernement, ce qui est loin d'être le cas dans l'immédiat. Attendons de voir l'attitude des députés lors du vote du budget en octobre...

Quelles peuvent être les conséquences de cette crise politique sur les institutions de la Ve République ?

Pour les institutions de la Ve République, le choix est entre le présidentialisme jugé néfaste et le Primo-ministérialisme à l'anglaise voulu par Olivier Duhamel ou Guy de Carcassone. C'est ce que semblait vouloir faire en début de quinquennat le Président, qui laissait faire Jean-Marc Ayrault et restait en retrait. Seulement, les couacs et les cafouillages à répétition l'ont amené à revenir au présidentialisme, car on lui reprochait son inaction. Donc il n'est pas facile de trouver un compromis entre les deux orientations possibles de cette Ve République. Cela dépend aussi du caractère des hommes, or la France manque singulièrement d'hommes d'Etat. De Gaulle et Mitterrand sont très loin. Hélas.

Se dirige-t-on vers une VIe République ?

Faire une VIème République, comme le veulent Jean-Luc Mélenchon, le PCF, et consorts, supposerait de supprimer l'élection du Président au suffrage universel direct et de revenir à l'élection par les chambres. Or cela, les citoyens n'en veulent pas. Cela supposerait aussi de modifier le mode de scrutin pour les législatives en y ajoutant une dose de proportionnelle, toujours pas définie. Et mettre une part de proportionnelle, c'est ouvrir le Parlement aux députés FN tout en aggravant les divisions à gauche comme à droite. Donc dans l'immédiat, je n'imagine pas un " renouveau", mais un Président et un Premier ministre qui continuent de gouverner avec leur camp accompagné des Verts, attirés par le pouvoir et hostiles à Cécile Duflot. La "chienlit" va continuer. L'Europe nous regarde de plus en plus avec inquiétude et commisération, tout en attendant qu'on obéisse aux engagements que nous avons passés et que nous ne respectons toujours pas...

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