Médine au Bataclan : Édouard Philippe invoque la "liberté d'expression"

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POLÉMIQUE - Le gouvernement a été interpellé mardi par le sénateur LR Sébastien Meurant sur la programmation polémique du rappeur Médine au Bataclan en octobre prochain. Pour le Premier ministre, le silence de l’exécutif reflète un "respect scrupuleux" de la loi. Mais le ministre de l'Intérieur n'a pas exclu mercredi d'intervenir en cas de "trouble à l'ordre public".

Interpellé par un sénateur lors de la session des questions au gouvernement mardi 12 juin, le Premier ministre a clarifié la position du gouvernement au sujet de la polémique qui entoure depuis plusieurs jours la programmation du rappeur Médine au Bataclan.


 "La loi s’agissant d’un concert […] est très simple : elle ne permet d’interdire que lorsque la programmation causerait un trouble manifeste à l’ordre public ou d’incitation à la haine raciale," a tranché avec calme Édouard Philippe, même s'il concède que le lieu ne sera plus jamais "une salle comme les autres."  "Nous respecterons la liberté d'expression et la loi", a-t-il ajouté.

Sébastien Meurant, sénateur LR du Val d'Oise à l'origine de la question, appelait quant à lui le gouvernement à intervenir pour déprogrammer l'artiste, qu'il qualifie de "rappeur islamiste." Il s'est montré choqué par ce choix qui, selon lui, insulte la mémoire des victimes et des familles des victimes des attentats du 13-Novembre. 

Des élus de droite et d'extrême droite ont demandé l'annulation des deux dates prévues par Médine en octobre dans la salle parisienne. Ils se basent sur un extrait du titre "Don't Laïk", paru le 1e janvier 2015 ("Crucifions les laïcards comme à Golgotha"), et une affiche datant de 2005 de l'album "Jihad, le plus grand combat est contre soi-même".  Médine s'est notamment fait connaître pour des textes sur la laïcité et l'islam, auxquels il prête une volonté de provoquer. "J’ai toujours utilisé la provocation comme un "piège positif". L’idée est d’amener les gens par la provocation," déclarait-il aux Inrocks en 2015.

Pour l'anecdote, Médine et Édouard Philippe se sont déjà rencontrés car ils sont tous deux originaires de la ville du Havre, dont le Premier ministre a été maire pendant sept ans. Dans son livre "Des hommes qui lisent", paru en juillet 2017, il avouait avoir longtemps tout ignoré de la notoriété de l'artiste. "Rétrospectivement, j'ai honte de dire qu'à une certaine époque, je n'avais pas entendu parler", écrivait-il.

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Ce mercredi à l'Assemblée nationale, le député Meyer Habib (UDI) s'est adressé au ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, concernant la polémique. Décrivant "la programmation de ce spectacle au Bataclan, quasiment trois ans jour pour jour après l'attentat [du 13 novembre, ndlr]" comme "intolérable, indécente et scandaleuse", il a demandé une prise de position du gouvernement concernant ce concert.


Gérard Collomb, après avoir assuré au député "entendre et partager [son] indignation" et avoir condamné la teneur de certains textes du rappeur, a déclaré : "Nous ne sommes pas maîtres de la programmation du Bataclan, mais comme vous le savez, tout ce qui peut amener à un trouble à l'ordre public peut, dans les limites de la loi, pouvoir trouver une interdiction".  


En revanche, bien que M. Collomb a affirmé que le Premier ministre Edouard Philippe et lui-même "sauront prendre leurs responsabilités", aucune décision ne sera prise dans l'immédiat, le ministre de l'Intérieur ayant seulement ajouté : "Nous verrons d'ici le mois d'octobre". 

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