"Mes sincères condoléances" : cinq endeuillés atypiques

FRANCE
TOUSSAINT 2014 - La radine, les punks, la folle, les enfants ingrats, le chien inconsolable : nous avons sélectionné dans le livre "Mes sincères condoléances” de Guillaume Bailly cinq portraits de personnages en deuil d’un proche. D’une manière peu banale.

Un proche qui demande quatre fois de changer la hauteur du coussin sous la tête du mort, un homme qui après la mort de son frère dans l’incendie demande une “crémation” et blague en demandant de faire “un prix” parce que “le travail est déjà bien entamé" : le livre Mes sincères condoléances de Guillaume Bailly est plein de personnages décalés, drôles dans leur drame et touchants dans leur peine. Voici cinq portraits d’endeuillés atypiques.

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La radine
"Je suis passée par un de vos concurrents, je trouve que c’était un peu cher, et je voulais votre avis." Guillaume Bailly raconte ce coup de fil d’une femme qui voulait comparer les prix… après la mort de son mari. Drôle de démarche, et qui le met fort mal à l’aise, puisque soit son concurrent sera moins cher, et il s’en trouvera gêné, soit il sera plus cher, ce qui le conduira nécessairement à "critiquer un confrère indépendant" ce qui "ne se fait pas entre confrères".

Les punks
C’est l’histoire d’un marginal, un Polonais, qui décède, vraisemblablement d’un coma éthylique. Quatre mois plus tard, il est enterré au carré des indigents de la ville. Une trentaine de squatteurs punks se joignent à la cérémonie, armés de "quelques bouquets de fleurs disparates, dont la plupart ne sortaient pas de chez un fleuriste". Comprenez : sans doute des jardins municipaux… Ils ont choisi un CD. En cette belle journée de printemps résonne alors un drôle de chant funèbre : “I am an antichrist. I am an anarchist”. “Anarchy in the UK”, des Sex pistols . Puis chacun lui rend un dernier hommage…. arrosé : ils décapsulent une bière, en boivent un peu, la tendent devant lui. Et en versant le reste dans la fosse, s’écrient : "A la tienne mon pote !"

La folle
C’est celle qui ne se remet pas de la mort de son enfant. Dans un supermarché, elle pointe un homme et l’accuse d’avoir "tué son bébé”. "Assassin ! Il a détruit mon enfant!" s’écrie-t-elle alors qu’un attroupement se forme et que la police arrive sur les lieux. Les agents demandent à l’homme s’il voit à quoi fait référence cette dame. "Oui, je pense", répond-t-il. "Je travaille au crématorium. J’ai dû m’occuper du bébé de madame." La femme est alors conduite dans un hôpital psychiatrique.

Les enfants ingrats
“Quoi? Il faut payer pour cet abruti ? Ça fait combien de temps qu’il est ici ? Quoi ? Un an ! Et il croit que je vais lui payer un an à se la couler douce !” Ainsi réagit le fils d’Albert, “un pensionnaire fidèle” comme le nomme Guillaume Bailly, qui attendait depuis des mois à la morgue que ses enfants daignent s’y présenter. Ce que sa progéniture lui reprochait ? D’avoir fait les “trois huit à l’usine” pour leur “payer des études" plutôt que des "mobylettes”. Visiblement, cela ne les a pas rendus plus aimables.

Le chien qui ne veut pas quitter le corps
C’est un endeuillé d’un autre règne : animal. Mais les animaux aussi peuvent montrer leur chagrin de manière ostentatoire. Ainsi de ce chien, qui refusait de sauter du lit de son maître décédé. A chaque fois que quelqu’un approchait, il montrait les dents. Il a fallu l’aide de tout un équipage des pompes funèbres, armés d’une couverture, pour le bouger de là.

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