Mis à pied pour une blague sur Daech, un conseiller Pôle Emploi entame une grève de la faim

FRANCE

SANCTION - Yann Djail, conseiller au Pôle emploi de Saint-Germain-en-Laye, a été relevé de ses fonctions en septembre dernier après avoir envoyé par mail à ses collègues une blague sur Daech. Depuis, il vit "un véritable cauchemar", raconte-t-il au Parisien. Il entame une grève de la faim ce lundi.

L’affaire repose sur une simple blague, mais elle n’a rien de comique. Yann Djail, conseiller au Pôle emploi de Saint-Germain-en-Laye, a été mis à pied en septembre dernier après avoir envoyé ce mail à ses collègues : "Daech revendique le tremblement de terre en Italie". 

Le délégué syndical FO de la société, Aissa Djehich, n'y voit qu'"une simple blague qu’on peut certes trouver douteuse". Mais la direction n'a pas la même lecture.  Dix jours après l'envoi de ce fameux email, rapporte dimanche un article du Parisien, le conseiller Pôle emploi a été convoqué par le responsable sécurité de sa direction régionale, puis suspendu de ses fonctions. Une plainte a également été déposée contre lui pour "apologie du terrorisme". Le début du cauchemar pour l'agent.

On voulait lui faire dire qu’il était terroriste, on lui a prêté plein de choses comme une allégeance à Mahomet.- Aissa Djehich, délégué syndical FO, au Parisien

Lors de son entretien avec la direction, "on voulait lui faire dire qu’il était terroriste", assure le syndicaliste à nos confrères du Parisien. "On lui a prêté plein de choses comme une allégeance à Mahomet, d’avoir dit cinq fois Allahu Akbar le jour de Charlie Hebdo, d’avoir transporté une bombe ou d’avoir envoyé un mail déclarant qu’il souhaitait partir en Syrie. Yann étant kabyle, ça l’a révolté." 

Et l'affaire ne s'arrête pas là. Des policiers convoquent Yann Djail au commissariat de Saint-Germain-en-Laye. "j'ai fait l'objet d'une garde à vue et une perquisition", raconte le conseiller Pôle emploi dans une lettre ouverte. "Bien entendu, l'affaire est classée sans suite, "pousuit Yann Djail. "J'ai combattu les terroristes en Algérie et je continue, par mes idées à les combattre aujourd'hui." 

Contacté par Le Parisien, la direction estime "que la blague n'a pas fait rire". Évoquant "un comportement inapproprié", elle considère que "déposer une main courante" était justifié et que "la police a fait son travail". "On était aussi dans notre rôle de protéger ses collègues et le public", explique l'interlocuteur.

On a été choqués quand on nous a annoncé sa mise à pied.- Un employé de l'agence Pole emploi de Saint-Germain-en-Laye

Mais si la justice stoppe ses investigations, la direction de Pôle emploi n'entend pas s'arrêter là. Elle propose à l'agent une mutation. "Si j’acceptais de rejoindre l’agence de Versailles, les sanctions étaient levées", explique Yann Djail. 

Son employeur explique de son côté qu'"s’agissait d’apaiser la situation". "On lui a proposé une agence capable de l’intégrer. C’était une opportunité à saisir", relate le représentant. "Un autre employeur n’aurait sans doute pas montré autant de latitude." 

Yann Djail y voit de son côté une sanction. Ne voulant pas céder, il refuse de changer d'agence. Le conseiller peut compter sur le soutien de ses collègues qui lancent une pétition, sans suite. "On a été choqués quand on nous a annoncé sa mise à pied", raconte un agent au Parisien. "La direction avait fait appel à des vigiles et avait mis en place une cellule psychologique. On ne voulait pas être complice de cette machination, mais on en a profité pour parler de notre mal-être à l’agence."

Relevé de ses fonctions le 14 septembre, Yann Djail, qui est par ailleurs reconnu travailleur handicapé depuis 2014 et anxio-dépressif, est actuellement en arrêt maladie. Il souhaite entamer une procédure judiciaire et débutera dès demain une grève de la faim.

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