Nantes : après la manifestation anti-aéroport, les langues se délient

Nantes : après la manifestation anti-aéroport, les langues se délient

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POLEMIQUE - Depuis les violences de samedi dans le centre de Nantes, élus socialistes et pro-aéroport condamnent les faits avec fermeté. Mais les élus verts, s’ils se disent contre les violences, maintiennent leur mot d’ordre : demander le retrait du projet au gouvernement. Tour d’horizon des réactions.

La manifestation de samedi ? Un "succès", une "mobilisation forte", pour les opposants ; des "dégradations et une violence inacceptables", pour les élus locaux. Depuis les heurts qui ont secoué le centre-ville de Nantes, en marge de la manifestation anti-Notre-Dame-des-landes , les condamnations pleuvent, parmi les partisans du projet d’aéroport. Mais si les Verts locaux dénoncent eux aussi les violences, ils n’en demandent pas moins tout retrait du projet. Tour d’horizon des réactions.

CHEZ LES ANTI-AEROPORT


"La journée est un succès", pour l’Acipa, principale association d’opposants au projet.
"La manifestation d'aujourd'hui a connu une mobilisation inégalée. [...] Il s'agit de la plus grosse mobilisation du mouvement. Le défilé a été festif, créatif et déterminé. La préfecture avait choisi de mettre Nantes en état de siège et de nous empêcher d'être visible dans le centre-ville. C'est la première fois qu'on interdit à une manifestation d'emprunter le Cours des 50-Otages. Une partie du cortège est passée par l'île Beaulieu. Une autre a essayé de passer par le trajet initialement prévu et a fait face à une répression policière violente avec tir de flashball, gaz lacrymogènes et grenades assourdissantes. Cela n'a pas empêché les manifestants de rester en masse dans les rues de Nantes jusqu'à la fin. Il existe différentes manières de s'exprimer dans ce mouvement. Le gouvernement est sourd à la contestation anti-aéroport, il n'est pas étonnant qu'une certaine colère s'exprime. Que pourrait-il se passer en cas de nouvelle intervention sur la Zad ? Cette journée est un succès et les différentes composantes de la lutte restent unies sur le terrain. L'opposition ne fait que croître depuis 30 ans. Le gouvernement n'a pas d'autre choix que d'abandonner le projet d'aéroport !"

"Des instrumentalisations sur les incidents", pour Pascale Chiron, candidate verte à la mairie.
"Aucune forme de violence n’est acceptable. J’ai personnellement dénoncé ces actes. Je suis choquée ce matin par le visage du centre de Nantes. Je m’associe à l’incompréhension des Nantais et au dégoût des commerçants qui ont leur vitrine saccagée. Malheureusement aujourd’hui toutes les manifestations ont leur lot de casseurs. Que ce soit les dernières manifestations contre le mariage pour tous à Paris, ou encore celles contre la taxe poids lourds où les saccages n’ont fait l’objet de quasiment aucune condamnation politique. Comme beaucoup, je ne suis pas dupe des instrumentalisations diverses sur les incidents de la journée de samedi. Les actes inacceptables de plusieurs centaines de casseurs ultra ne doivent pas occulter la mobilisation des 30 à 40 000 citoyens pacifistes.  Hier, le sondage de l’IFOP annonçait que 56 % des français ne souhaitent pas que ce projet de nouvel aéroport se réalise. Cette expression majoritaire de l’opinion doit interpeller le Gouvernement et l’encourager à abandonner ce projet inutile, coûteux et contesté économiquement et écologiquement."

"Dommage que les condamnations soient à géométrie variable", pour François de Rugy, député EELV.
"La cause de l'opposition au projet d'aéroport de Notre-Dame des Landes est une juste cause. Elle ne justifie en rien les destructions commises à Nantes et nous exprimons notre solidarité avec ceux qui en ont été victimes. Depuis plus de 15 ans que ce projet d'aéroport a été ressorti des cartons, les écologistes s’y opposent à l’échelle locale, régionale et nationale. Lorsqu’il est apparu que des casseurs parasitaient et détournaient la manifestation de samedi 22 février, tous les responsables écologistes ont immédiatement condamné ces agissements inacceptables. Les casseurs et autres black blocks, selon les propres mots du ministre de l’Intérieur, ne se battent pas pour l’écologie ni même contre le projet d’aéroport, mais contre l'État et le capitalisme, comme leurs slogans tagués le montrent. Il y a eu d'autres manifestations de toute obédience, qui ont dérapé violemment. Là aussi, certains ont protesté contre les amalgames. Il est dommage que les condamnations soient à géométrie variable. Pour les écologistes, elles sont constantes et systématiques, quels que soient les sujets ou les organisateurs."


CHEZ LES PRO-AEROPORT

"Un projet soutenu par des exécutifs locaux", pour Johanna Rolland, candidate socialiste à la mairie.
"Je suis allée à la rencontre de l'ensemble des agents des services publics qui ont oeuvré pour que la vie quotidienne puisse reprendre normalement. Je tenais à les féliciter pour leur efficacité et leur courage. Je tiens à remercier le Préfet et les forces de l'ordre qui ont su faire preuve d'un très grand sang froid et ont permis d'éviter le pire. Mais nous avons croisé aussi de nombreux Nantais, incrédules, abasourdis, choqués, qui ont tenu à nous dire qu'ils ne comprenaient pas cette violence qu'ils condamnent énergiquement. En démocratie, si le droit de manifester est inaliénable, il ne peut s’exercer que dans le respect de l’Etat de droit, des biens et des personnes. […] Ce projet de transfert de l’aéroport est, quoi qu’en disent certains, porté et soutenu par des exécutifs nationaux et locaux qui à chaque élection ont clairement exprimé leur position favorable au transfert. Notre démocratie permet de nombreuses voies de recours qui sont largement utilisées. Comme beaucoup de Nantais, j'ai été choquée des termes du communiqué de presse des organisateurs qui se félicitent de "cette journée (qui) est un succès", et justifient, sans les condamner, les violences."

"Un plan d’urgence pour les victimes", pour Laurence Garnier, candidate UMP.
"Je salue le calme et le professionnalisme des forces de l’ordre présentes sur le terrain et adresse tout mon soutien aux victimes de ces saccages. Compte-tenu de leur ampleur, je demande un plan d’urgence pour toutes les personnes victimes de ces violences, et la plus grande fermeté des tribunaux vis-à-vis des responsables de celles-ci. Je rappelle que le débat démocratique, qui s’exerce naturellement dans un Etat de droit et inclut la liberté pour chacun de manifester, ne doit tolérer aucune forme de violence. Il conviendra donc d’analyser à froid les raisons d’un tel désastre pour que toutes les conclusions en soient tirées."

"La principale organisation d’opposants tend à justifier ces violences", pour Aymeric Seasseau, chef de file du PCF pour les municipales.
"Nous ne nous livrons à aucun amalgame entre les personnes venues manifester librement leur opinion et les groupes d’opposants violents à l’Aéroport du Grand-Ouest dont les exactions sont nombreuses depuis plusieurs années. La gravité des événements interdit de se contenter d’évoquer une "minorité de casseurs" venus de l’extérieur ou encore de dénoncer comme Manuel Valls une hypothétique "ultra gauche". Quand on est de gauche, on ne s’attaque pas aux entreprises et services publics, on les protège, on les défend ! Les événements d’hier étaient attendus, ils étaient prévisibles, ils auraient pu, ils auraient du être évités. Organiser une manifestation est une responsabilité. L’Acipa, principale organisation d’opposants se refuse à condamner les violences, tend à les justifier et les instrumentalise même en menaçant quant à toute avancée du projet. C’est inacceptable !"

"Irresponsabilité des organisateurs", pour Patrick Rimbert, maire de Nantes.
"Il est inacceptable que certains s'en prennent aux biens voire aux personnes, les forces de l'ordre en l'occurrence, pour manifester leur hostilité au projet d'aéroport. La violence est par essence inacceptable de même que les dégradations de notre bien commun : notre ville, ses services publics, ses équipements ! Parce que je suis attaché au droit de manifester, je tiens à souligner l'irresponsabilité des organisateurs qui se sont refusés à préparer cette journée dans des conditions saines avec la préfecture, en refusant par exemple de convenir d'un projet de parcours, rendant ainsi la tâche des forces de l'ordre particulièrement délicate et périlleuse. Je veux également indiquer que la ville portera plainte pour toutes les dégradations qui ont été commises. Je veux enfin rappeler la force de la loi et du droit : à ce jour, à 52 reprises, les divers recours contre le projet ont été rejetés. Il n'y a pas eu une seule exception. Dans une société démocratique, chacun doit être en mesure d'exprimer librement ses opinions. Mais ces opinions doivent s'exprimer dans la dignité et le respect de l'autre. Pour, ou contre le projet, chacun doit accepter cette règle élémentaire de vie en société !"

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