Nice Matin appartient désormais à ses salariés

FRANCE

SOCIAL – Le tribunal de commerce a accepté ce vendredi l’offre de reprise du Groupe Nice Matin par les salariés sous forme de société coopérative. Robert Namias, ex-cadre de TF1, sera le président du directoire.

Des étreintes, des visages émus et quelques larmes... A la sortie du tribunal de commerce ce vendredi, les employés du Groupe Nice-Matin ont pu laisser éclater leur joie après des mois d’incertitudes et de suspense.

Désormais, le quotidien régional, qui était en redressement judiciaire depuis le 26 mai, appartient à ses salariés réunis sous la forme d’une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC). Une première dans la presse qui a réussi l’exploit de coiffer sur le fil les offres du géant des médias belges Rossel (La Voix du Nord) et, dans une moindre mesure, de Georges Ghosn (ex-propriétaire de La Tribune).

"On est fiers de ce qu’on a fait. La justice a récompensé ceux qui ne parient pas sur le déclin" se réjouit Jean-François Roubaud, délégué SNJ faisant notamment allusion à l’offre de Rossel. Celle-ci prévoyait 376 départs soit 217 de plus que la SCIC qui ne pourra pas faire de plan social durant cinq ans. "Certes, il faudra faire partir d’autres gens mais cela se fera, doucement, au fil de l’eau sur la base du volontariat", ajoute le syndicaliste.

"Pas une assemblée bolchevique"

Pour reprendre les différentes sociétés du Groupe Nice-Matin, la SCIC a mis 14,2 millions d’euros sur la table dont plus de 2,3 provenant des salariés eux-mêmes. Près de 400 000 euros ont aussi été récoltés grâce à une opération de crowdfunding (financement participatif) lancée sur internet.

Après plusieurs coups de théâtre, partenariat actif et changement d'avis,  Bernard Tapie , actionnaire majoritaire de La Provence, a posé 8 millions (dont 4 en prêt). L’homme d’affaire, censé ne pas rentrer au capital de Nice-Matin, va, entre autres, récupérer dans la transaction la totalité du très rentable Corse Matin dont il détenait jusqu’à présent 50% des actions.

Passée l'euphorie de la décision de justice en leur faveur, les salariés vont maintenant devoir mettre en place une nouvelle gouvernance. "Ce ne sera pas une assemblée bolchevique, ironise Christophe Cirone, journaliste. On a réussi à surmonter un Everest. C’est une nouvelle aventure qui commence."

Une nouvelle aventure très probablement pilotée par Robert Namias, ex-cadre de l’information sur TF1, qui va se retrouver président du directoire. Présent ce vendredi au tribunal avec les salariés, il n’a pas trop voulu s'épancher sur les nouvelles grandes lignes éditoriales. "J’ai cru à leur projet et j’ai décidé de les accompagner. On doit redevenir le grand journal ancré dans la vie de la région en étant beaucoup plus proche des lecteurs", confie-t-il simplement.

"La ville et la métropole soutiendront le redressement"

Ce dénouement a évidemment suscité la réaction du maire Christian Estrosi (UMP) qui avait, il y a quelques jours, apporté un soutien implicite à la coopérative. Dans un communiqué, diffusé vendredi matin, l’élu, s'est dit "réjoui" et "fonde l'espoir que l'offre choisie permette de sortir Nice-Matin des difficultés qu'il vient de traverser depuis plus de deux ans". Et en tant qu’annonceur ô combien incontournable pour les finances du quotidien régional, de préciser : "La Ville de Nice et la Métropole Nice Côte d’Azur, ainsi que je m'y suis engagé, soutiendront activement le redressement du journal."

Plus inattendue, la réaction de  Jean Icart , en son temps futur ex-repreneur du titre, est également arrivée par le biais d'un communiqué. "Mon aventure Nice-Matin touche à sa fin… Mon partenaire investisseur n’a pas réussi à lever, dans le temps imposé par le Tribunal de commerce, les 35 millions d'euros nécessaires au retournement d’une situation nettement plus dégradée que celle annoncée dans le dossier vendeur..." se dédouane-t-il.

D'un point de vue juridique, la SCIC entrera officiellement en jouissance du groupe Nice-Matin entre ce samedi et le 1er décembre selon l'avocate Me Sandra Esquiva-Hesse. Tous les actes devront être signés avant le 31 décembre. 

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