Nuit d'émeutes au Sénégal, après le "coup de force" du président Wade

Nuit d'émeutes au Sénégal, après le "coup de force" du président Wade

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De violents heurts ont opposé manifestants et policiers, notamment à Dakar, après que le Conseil constitutionnel a entériné la candidature d'Abdoulaye Wade à sa propre succession et rejeté celle du chanteur Youssou Ndour.

La nuit de vendredi à samedi a été émaillée d'affrontements entre jeunes et forces de l'ordre dans plusieurs villes du Sénégal, notamment dans la capitale, Dakar, où un policier aurait été tué, après l'annonce par le Conseil constitutionnel des candidatures retenues pour l'élection présidentielle de février, parmi lesquelles celle du président sortant, Abdoulaye Wade, mais pas de Youssou Ndour.

La décision qui ne passe pas...

Des dix-sept candidats en lice, le Conseil constitutionnel en a retenu treize, dont trois anciens Premiers ministres désormais dans l'opposition et le leader du parti socialiste, mais il a écarté la star internationale, au motif qu'une partie des signatures d'électeurs appuyant sa candidature n'avaient pu être identifiées et donc prises en compte.

Ce rejet a ulcéré une partie de la jeunesse, mais c'est surtout la validation de la candidature du président Wade, 85 ans, pour un troisième mandat consécutif qui a mis le feu aux poudres. La jugeant anticonstitutionnelle, l'opposition avait appelé à se réunir Place de l'Obélisque, à Dakar. Une manifestation d'abord interdite par le gouvernement, mais finalement tolérée après la "médiation" de l'Union européenne.

Des scènes d'insurrection

Dès la mi-journée, des milliers de personnes avaient participé au rassemblement, sans incident, mais à l'annonce du Conseil constitutionnel, dans la soirée, des manifestants, pour la plupart jeunes, ont commencé à jeter des pierres sur la police qui a riposté par des tirs de gaz lacrymogène et à coups de matraque.

Dans les rues adjacentes, sur fond de pneus brûlés, des courses poursuites se sont engagées entre manifestants munis de barre de fer et forces de l'ordre. Sur les télévisions privées, on a aussi pu voir des jeunes ériger des barricades de bric et de broc.

Un policier tué, un journaliste blessé

Dans le quartier de Colobane, "ils ont tué un policier", a même affirmé à l'AFP le commissaire Arona Sy, du commissariat central de Dakar, sans préciser les circonstances de ce décès. A l'inverse, un journaliste de l'agence de presse qui se trouvait au milieu d'un groupe d'opposants a témoigné avoir été frappé au visage par un agent en uniforme.

Les incidents se sont poursuivis une bonne partie de la nuit, dans plusieurs quartiers de Dakar et dans d'autres villes du pays, notamment à Thiès a rapporté l'Agence sénégalaise officielle APS, ainsi qu'à Kaolack, Matam et Ourossogui selon la chaîne privée Télévision Futurs médias.

L'opposition veut reprendre le "territoire occupé"

Ce samedi 28 janvier, un calme précaire régnait de nouveau au Sénégal, mais les prochains jours s'annoncent tendus. Le Mouvement du 23 juin (M23), une coalition de partis d'opposition et de représentants de la société civile qui contestent la candidature de Wade, a appelé les Sénégalais à "marcher sur le palais présidentiel" pour en "déloger" l'occupant.

Hier soir, à l'issue d'une réunion de la direction du M23, Abdoul Aziz Diop, l'un de ses responsables, a exhorté la population "à se joindre au Mouvement pour organiser la reprise du territoire occupé par Abdoulaye Wade et ses sbires".

Une Constitution sur mesure pour M. Wade ?

De son côté le président qui estime que sa candidature est contestée sur "des bases légères", a demandé à ses opposants de cesser "les manifestations d'humeur qui ne conduisent à rien".

Pour mémoire, après une révision constitutionnelle un an après sa première élection, en 2000, M. Wade avait été réélu sept ans plus tard pour un quinquennat renouvelable une fois. Entre temps, une nouvelle révision de la loi a rétabli le septennat, de sorte que s'il était réélu, il pourrait encore être président à 92 ans.

Youssou Ndour : "candidat et je le reste"

Enfin, le chanteur Youssou Ndour, dont la candidature a donc été jugée irrecevable, a dénoncé sur France 3 le "coup de force" de l'octogénaire.

"Abdoulaye Wade n'aurait même pas dû déposer sa candidature, car la loi fondamentale dit qu'il n'en a pas le droit. Nous nous exposons à des tensions", a-t-il estimé.

"Le Sénégal est un pays qui vote depuis longtemps. Toujours, il y a eu des problèmes électoraux. Et toujours le peuple a gagné", a-t-il ajouté.

Il n'est pas "possible de faire confiance" au Conseil constitutionnel a-t-il aussi dit, cependant il a rappelé qu'il avait "48 heures pour un recours" et que ses avocats étaient en train d'y travailler. En tout état de cause, il a affirmé "je suis candidat et je le reste".

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