Parcoursup : un ingénieur a décrypté pour nous les dessous de cet algorithme, et c'est loin d'être la panacée

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EDUCATION - Les 810.000 futurs bacheliers et étudiants ont reçu mardi soir les premières réponses à leurs vœux d'inscription dans l'enseignement supérieur, via la nouvelle plateforme universitaire Parcoursup. Encore une fois, le stress était au rendez-vous et les incohérences aussi.

Elle devait faire oublier les couacs d'APB (Admission Post-Bac), mais dans les faits, ce mardi, la plateforme Parcoursup suscite encore bien des doléances. "Ce système, comme le précédent, connaît des failles", souligne Guillaume Ouattara. Après avoir décortiqué en 2016 les codes de la plateforme APB (Admission Post-Bac) à la demande de son école d'ingénieur "car c'était dans mon programme", cet étudiant en 4ème année à Compiègne a analysé cette fois l'algorithme de Parcoursup. Il en a dévoilé les dessous sur son compte Twitter . Selon lui, trois problématiques majeures persistent par rapport à l'ancienne plateforme.

La fin de la hiérarchie des voeux

Pour Guillaume Ouattara, c'est le point noir majeur. "Avant, avec l'ancienne plateforme APB, quand les candidats émettaient leurs candidatures, ils le faisaient avec un ordre de préférence. Du coup, dès qu'ils étaient pris dans une filière, ils libéraient automatiquement toutes les autres places qu'ils avaient cochées. Ce qui change avec Parcoursup, c'est que maintenant les candidats ne trient plus leurs vœux. Résultat, ils peuvent être pris dans plusieurs formations à la fois, ce qui va bloquer toutes les places demandées, le temps que ces jeunes décident vers quelle formation ils veulent aller". 


"Prenons l'exemple des bons élèves, poursuit l'ingénieur, ils vont être pris partout, conséquence ceux qui auront des dossiers moins bons, vont être sur liste d'attente partout. Le chiffre avancé ce matin par Frédérique Vidal est impressionnant : 400.000 élèves sur 810.000 candidats, n'auront pas d'affectation ce mardi soir, soit quasiment la moitié. Cela a deux impact : d'abord tous ces candidats malheureux vont être obligés d'attendre que les places se libèrent et les filières elle-mêmes (classes prépa, BTS, IUT...) vont devoir patienter avant d'être sûre d'avoir le nombre d'étudiants requis".

Les universités ne sont pas seules à faire le tri

"Avec APB, seules les formations sélectives (classes prépa, BTS, IUT...) classaient leurs candidats. Pour les formations non sélectives, c'était l'algorithme qui faisait ce classement selon différents critères (proximité géographique, ordre de préférence du candidat) et un tirage au sort départageait les ex-aequo. Avec Parcoursup, on a voulu supprimer cet algorithme automatique qui triait les candidats, et donc ce sont les universités elle-mêmes qui ont procédé au tri des candidats, sauf que dans les faits, on s'aperçoit au final qu'il y a toujours un algorithme", explique Guillaume Ouattara. 


"Car une fois que les universités ont fait leur tri, leur classement arrive à Parcoursup, qui va ajouter deux critères supplémentaires : les boursiers (Parcoursup en veut davantage, du coup des taux ont été fixés par académie) et la zone géographique (chaque académie fixe un quota maximum hors zone qu'elle peut accepter). Résultat, si à la base un boursier était classé 39e sur la liste initiale, avec ces nouveaux critères, il va se retrouver en tête de liste et dans le même temps, les candidats hors zone géographique vont automatiquement redescendre dans le classement".

Des formations obligées de pratiquer "l'overbooking"

"Avant avec APB, les choses étaient simples. Une formation qui avait 50 places à pourvoir, classait les profils des candidats et l'algorithme lui trouvait 50 élèves en fonction des critères qu'elle avait émise. Bien sûr, certains jeunes se désistaient mais au final la filière se remplissait à 70%. Avec Parcoursup, cette même filière ne sait pas quel candidat va aller vers elle, puisqu'elle ne sait pas si elle fait partie de son premier choix ou pas. Du coup va-t-elle choisir les 50 premiers candidats, et faire le pari qu'ils sont vraiment intéressés par cette filière ? Ou prendre le risque d'un nombre important de désistement et ne pas arriver à remplir sa formation ?", interroge l'ingénieur.


"Ce qui est dangereux car si une filière n'est pas remplie, bien souvent elle ferme. Conséquence, certains DUT, BTS, ou petites prépas de province peuvent être amenés à mettre la clé sous la porte. Alors, pour pallier ce problème, beaucoup de formations font désormais comme les compagnies aériennes, elles pratiquent l'overbooking. Concrètement, si, les années précédentes, la filière était obligée d'attendre le 350e candidat pour commencer à remplir sa formation, et bien au lieu dire qu'elle a 50 places à pourvoir, elle va déclarer qu'elle en a 350, comme ça elle est sûre qu'il y aura forcément des candidats qui viendront. Sauf que le revers de la médaille, c'est que si cette filière a davantage de candidats qui lui disent oui que de capacités, elle va être obligée d'accepter tous ces candidats". 

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