Plus de 120.000 "Charlie" dans les rues de Toulouse

FRANCE

HOMMAGE - Une foule immense s'est rassemblée samedi à Toulouse lors de la marche républicaine pour rendre hommage aux victimes de l'attentat contre Charlie Hebdo et à la prise d'otages perpétrés par trois djihadistes. Portés par l'envie de se recueillir, de se rassembler, les Toulousains ont aussi voulu défendre l'unité et les valeurs de liberté.

Ils étaient plus de 120.000 cet après-midi à s’élancer lentement depuis les allées Jean-Jaurès au centre de Toulouse pour rendre hommage aux 12 victimes de l’hebdomadaire tués mercredi ainsi qu'aux policiers et aux otages tués par trois djihadistes.

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Plus de 120.000 "Charlie" défilant dans un silence de plomb, rompu par bribes par des applaudissements et par le nom du journal scandé à l’unisson. Une foule telle que la fin du cortège n’a pu se mettre en route qu’une demi heure après le départ de la tête et que des manifestants se sont retrouvés bloqués à la station de métro Jean-Jaurès.

Dans le cortège, seuls quelques drapeaux français flottent. Pas de slogans. Juste des pancartes "Je suis Charlie". Une Marseillaise est entonnée pendant quelques secondes. Michel, cheveux grisonnants, commente : "Cabu, l'antimilitariste, n’aurait pas aimé qu’on chante La Marseillaise" ; et reprend sa route dans le cortège.

Sur toutes les lèvres, ce samedi, on veut "défendre la liberté d’expression", "dire non à la barbarie". Jonathan et Enzo, deux frères toulousains de 23 et 21 ans, se sentent concernés à plusieurs titres : "ça aurait pu être notre famille, nos parents. Cela m’a replongé dans l’affaire Merah. Malheureusement, la même chose se reproduit", glisse Enzo. "On veut défendre l’unité et les libertés qui ont été attaquées, explique Jonathan, qui se revendique chrétien et arbore un sweat représentant les symboles des religions juives, catholiques et musulmanes. Il faut envoyer le message que ceux qui ont fait ça ne sont pas représentants des musulmans, juste inhumains".

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"Cette chaleur humaine me rassure"

Plus loin, Daniel Welzer-Lang, militant à la ligue des droits de l’Homme et professeur de sociologie à l’Université Jean-Jaurès, est là pour défendre "la liberté d’expression, celle de l’excès et de l’impertinence que représentait Charlie Hebdo. J’ai la trouille que cela se retourne contre les musulmans, mais ce sursaut citoyen, cette chaleur humaine que je ressens depuis mercredi et la diversité des gens qui se mobilise me rassure".

Une diversité incarnée notamment par la présence de nombreuses familles. Manon, 12 ans est venue accompagnée de sa maman. "Ça m’a choqué, je veux lutter contre le terrorisme", lance-t-elle. "En venant ici, cela nous permet d’évacuer. J'en ai parlé avec ma fille, car il faut que les enfants comprennent, ils sont notre avenir, explique Gaëlle sa maman, assistante d’éducation dans un lycée toulousain.

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"Il faut continuer à rire"

Dans le cortège, on croisait aussi des humoristes toulousains, comme Fred et Mélissa qui se sentent concernés en tant qu’humoristes "mais surtout en tant qu’humaine", glisse Mélissa. "Malheureusement on s’aperçoit qu’il y a un retour en arrière étrange dans la possibilité de rire de tout. On a repris notre spectacle hier, on a senti que les gens avaient besoin de rire. On doit continuer à les faire rire", glisse Fred.

Pour ce rassemblement républicain, de nombreux élus locaux, écharpes autour du cou, ont défilé ensemble aux côtés des représentants des cultes, protestants, catholiques, bouddhistes, musulmans, juifs. A leur passage, Fathi éclate en sanglot. "C’est beau ! Pour moi c’est ça la France. C’est la première fois que je manifeste. Je suis de la minorité musulmane silencieuse, on peut plus rester silencieux après ce qu’il s’est passé. Aujourd’hui je suis avant tout ici en tant que citoyen".

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