Présidentielle 2017 : les prétendants à l’Elysée font la tournée des flics

FRANCE
"TOURNEE DES POPOTES" – Depuis quelques semaines, les candidats déclarés et prétendants sérieux à la fonction suprême rencontrent gardiens de la paix, officiers et commissaires de police. Un rituel à l’approche d’une élection présidentielle qui leur permet de se placer auprès d'un corps de métier stratégique et d'évaluer la réception de leur proposition en matière de sécurité.

Un passage obligé. Aucun aspirant sérieux à l’Elysée ne peut aujourd’hui rester sur le perron de la "maison police" sans y entrer. A droite, comme à gauche. Ils rencontrent tour à tour les principaux syndicalistes policiers. Objectif ? S’inspirer des revendications, sentir le malaise qui monte, tester la recevabilité d’une mesure. Et, tant qu’à faire, draguer en passant ces policiers influents dans l’administration.


Selon nos informations, à gauche, c’est surtout Arnaud Montebourg, candidat déclaré à la primaire socialiste, qui se fait connaître auprès des policiers. Il a rencontré le 25 octobre dernier Yves Lefebvre, le secrétaire général d’Unité-SGP-FO. Récemment, il a échangé avec Philippe Capon, son homologue de l’Unsa-Police. "Il nous a paru concerné par les sujets qui nous inquiètent : management, légitime défense, tâches indues…", indique-t-il.

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A gauche, Montebourg se place

Pour se frotter en toute confiance aux policiers, Arnaud Montebourg s’est entouré de Jean-Pierre Blazy, député-maire PS de Gonesse. Auteur d’un rapport sur l’insécurité en octobre 2014 prônant l’allègement des tâches "indues" pour les forces de l’ordre, cet élu tient une réputation de solide connaisseur des problématiques de sécurité. Ce qui lui permet d’ouvrir quelques portes à son poulain.


"Ces rencontres sont assez classiques à l’approche des élections. Avec le mouvement de colère, ça a peut-être précipité les rencontres", souffle Yves Lefebvre, qui doit à nouveau revoir dans les semaines à venir l’équipe de l'ancien ministre de l'Economie. Tout comme celle d’Alain Juppé avec qui il s’est entretenu le 26 octobre.

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"Forcément, le débat a été plus intense avec Alain Juppé. Car nous avons des divergences de points de vue sur la légitime défense", poursuit le syndicaliste. Le maire de Bordeaux souhaite effectivement aligner les policiers sur les dispositions existantes en faveur des gendarmes. A l’inverse, les policiers veulent légiférer. Et comptent proposer un régime spécial de garde à vue lorsqu’ils sont contraints d’utiliser leur arme.


Selon nos informations, c’est l’ancien Garde des Sceaux Dominique Perben qui porte le projet "police-justice" d’Alain Juppé. Sur les questions terroristes, le député européen (LR) Arnaud Danjean en est son référent. Le candidat à la primaire de droite et du centre s’est par ailleurs entouré de Jean-Pierre Sallaz, inspecteur général de la police nationale, fraîchement à la retraite, et vice-président de l’Association des hauts fonctionnaires de la police nationale.

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Sarkozy bien encadré

Parmi les autres candidats à la primaire de droite, d’autres se sont montrés particulièrement intéressés par "la cause policière". Comme Bruno Le Maire qui a récemment rencontré les commissaires, notamment, ou encore – moins étonnant – Nicolas Sarkozy qui avait fait le tour – encore un – des principaux syndicalistes avant l’été. A noter que c’est de loin le candidat déclaré le plus "capé" côté police avec un ancien directeur général de la police nationale – Frédéric Péchenard – et un ancien préfet de police – Michel Gaudin – à la tête de son état-major de campagne.


Alliance, pourtant premier syndicat de gardiens de la paix, semble pour l’heure avoir été boudé. "On sait que les prétendants voient des collègues. Mais pas nous. On laisse décanter les primaires. Puis quand ils se seront déclarés, on leur enverra un questionnaire pour connaître leurs positions", avance Jean-Claude Delage, d’Alliance.

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Et Macron ?

"Ces rencontres sont habituelles et traditionnelles. Les aspirants aux plus hautes fonctions consultent systématiquement les corps de métiers", relativise Céline Berthon, patronne du syndicat des cadres de la sécurité intérieure (SCSI), qui en a rencontré plusieurs d’entre eux ces dernières semaines. Jusqu’à présent, un seul prétendant sérieux – qui n’est pas (encore) officiellement candidat – manque à l’appel sur la thématique de la sécurité : Emmanuel Macron. "On aimerait bien savoir ce qu’il pense, par exemple, sa position sur la légitime défense", lâche un syndicaliste.


Enfin, Jean-Luc Mélenchon, lui non plus, ne peut pas faire l’impasse sur la maréchaussée. Ce jeudi matin, le candidat de "La France insoumise" présentait son programme "sécurité". A ses côtés, encore un syndicaliste policier : Alexandre Langlois, responsable de la fédération "police" de la CGT. Ce policier du service central du renseignement territorial (SCRT) nous précise apporter son soutien et son expertise "à titre personnel". La CGT-Police a effectivement décidé de ne supporter aucun candidat. En tout cas officiellement.

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