Procès : l'électricien aux 271 Picasso passe sur le gril

Procès : l'électricien aux 271 Picasso passe sur le gril

JUSTICE. Les époux Le Guennec sont jugés depuis ce mardi au tribunal correctionnel de Grasse pour le recel de 271 œuvres de Picasso qu'ils ont gardé près de quarante ans dans une boîte en carton sur une étagère. Les héritiers ne croient pas à la version défendue par le couple qui assure que Jacqueline Picasso, la femme de Pablo Picasso, leur a fait ce don avec l'accord de l'artiste dans les années 70.

"Picasso est au faîte de sa gloire et ça ne vous soucie pas plus que ça de savoir ce qu'il y a dans ce fameux carton ?" Ce mardi, le président d'audience du tribunal correctionnel de Grasse, Jean-Christophe Bruyère, a passé sur le gril Pierre Le Guennec. L'ancien artisan, soupçonné d'avoir recélé avec son épouse Danielle, durant plusieurs décennies, 271 œuvres de Picasso, s'est retrouvé parfois en difficulté dans ses explications.

En particulier sur les circonstances de ce qu'il affirme être un don, en 1972, de Jacqueline Picasso, la femme de l'artiste. "C'était un soir, elle m'a appelé dans le couloir alors que je repartais, détaille celui qui avait été employé comme électricien de manière ponctuelle dans la villa de Mougins du maître et de son épouse. Tout était dans une petite boîte en carton" détaille-t-il en mimant la modeste taille du contenant.

"Vous n'avez accroché aucune œuvre chez vous ?"

S'exprimant avec difficulté et avalant un cachet à la barre sous les yeux de sa femme emmitouflée dans un manteau noir, Pierre Le Guennec, aujourd'hui âgé de 75 ans, assure qu'il n'avait pas conscience de la valeur de ces dessins, huiles, collages, et croquis, dont certains cubistes, estimés entre 60 et 120 millions d'euros. Il affirme n'avoir même pas vraiment regardé le contenu de la boîte car c'était "en vrac , des essais, des morceaux déchirés, ça ne m'interpelle alors pas" lance-t-il devant le tribunal. Le fameux carton sera finalement rangé sur une étagère de son bureau au fond du garage. Puis oublié. Ce qui ne manque pas d'étonner le juge. "On vous fait un cadeau et vous le laisser dormir pendant 40 ans. Au-delà de la valeur (ndlr : financière) vous n'y avez attaché aucune valeur sentimentale ? (...) Vous n'avez accroché aucune de ces œuvres chez vous ?" l'interroge-t-il.

"Insouciant" et "discret"

La réponse est confuse, le prévenu lâche qu'il était sans doute "insouciant", se reprend, hausse les épaules. "Je voulais être discret", ajoute-t-il. "Vous auriez pu en mettre dans une chambre, à un endroit où personne ne les aurait vus ! " rétorque le magistrat sans obtenir plus d'éclaircissement.

Il aura fallu attendre 2009-2010 pour que les Le Guennec ressortent les œuvres de leur abri de fortune, près de 40 ans après le don contesté. A cette époque, Pierre Le Guennec, qui allait subir une intervention chirurgicale, décide de les faire authentifier et expertiser. Il s'adresse à Picasso Administration gérée notamment par Claude Picasso l'un des enfants du maître, présent lors de ce procès. Très vite, une enquête est menée par l'office central de lutte contre le trafic de biens culturels. Les héritiers de Picasso réfutent que le maître a pu donner une telle quantité d'oeuvres qui, plus est, non signées.

La récupération des œuvres au cœur du procès

Élément troublant supplémentaire découverte durant les investigations : la cousine germaine de Pierre Le Guennec, dont le mari décédé était chauffeur de Picasso, a vendu des œuvres de l'artiste sur lesquelles ont, un temps, pesé des soupçons de vol. Un prêt de Jacqueline Picasso de plus de 540.000 francs, accordé en 1983 à Pierre Le Guennec, vient également épaissir cette affaire rocambolesque.

Le procès se prolongera jusqu'à jeudi. Les époux Le Guennec risquent au maximum cinq ans d'emprisonnement et 375.000 euros d'amende. La partie adverse devrait simplement leur demander un euro de réparation symbolique. "On veut surtout connaître la vérité" précise l'un des avocats. Plus que les peines encourues, la récupération des œuvres est au cœur des préoccupations des uns et des autres.

"Une affaire de blanchiment international d'œuvres d'art"

Jean-Jacques Neuer, avocat de Claude Picasso (fils du peintre et en charge de l'authentification des oeuvres), est lui aussi passé à l'attaque pour dénoncer une affaire de "blanchiment international d'oeuvres d'art. C'est à lui qu'on a confié ces oeuvres volées parce qu'il avait eu des relations avec Picasso", a-t-il affirmé. "L'enjeu c'est que ça s'arrête à M. Le Guennec", a-t-il ajouté, en estimant que "le mythe du petite électricien a vécu". Une accusation cinglante qui n'avait pas été versée au dossier jusqu'alors. 

Lorsque Claude Picasso a découvert l'ensemble des pièces des Le Guennec, il a immédiatement eu des doutes a-t-il expliqué ce mardi devant les magistrats : "Un rassemblement d'objets de cet ordre c'est tout à fait renversant. Que quelqu'un se trouve en possession de choses aussi abouties et de haute teneur c'est incroyable. Il est évident qu'il y avait un souci. Il fallait aller au fond de l'histoire et préserver les oeuvres pour ne pas qu'elles disparaissent dans la nature".

Les toiles sont actuellement stockées dans un endroit sécurisé a indiqué ce mardi le magistrat qui a proposé, au début de l'audience, une projection sur grand écran des photos de ce trésor aux 271 pièces.
 

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