Quand les écoles françaises refusent les enfants roms

FRANCE
EDUCATION - De nombreux enfants roms vivant en France ont un "accès restreint à l'éducation primaire", dénonce ce lundi le European Roma Rights Centre (ERRC). Selon une étude menée par l'organisation, moins de la moité des enfants étaient scolarisés.

Les enfants roms connaissent des difficultés pour se scolariser. C'est le constat du European Roma Rights Centre ( ERRC ), une ONG européenne qui a mené une étude au début de l'année auprès de 118 Roumains âgés de 18 et 60, se basant sur six bidonvilles de France. Selon les chiffres inédits révélés par l'ERRC ce lundi, moins de la moitié de leurs enfants étaient scolarisés.

L'école est obligatoire, mais...

"Le refus d'inscrire les enfants à l'école est une violation directe des obligations nationales et internationales de la France", rappelle l'ONG européenne. Le droit français impose en effet que tout enfant âgé de 6 à 16 ans soit scolarisé, même si ses parents sont étrangers ou en situation irrégulière.

Selon l'ERRC, dans la plupart des cas (60 %), cela est dû au refus des maires d'inscrire les enfants roms à l'école. Joint par metronews, Andrea Caizzi, président de l'association Aide à la scolarisation des Enfants Tsiganes en Seine Saint Denis (Aset 93), confirme que les élus de tous bords sont souvent les plus réfractaires, contrairement à la majorité des enseignants.

Une situation différente selon les communes

La situation varie toutefois selon les communes. "A Bobigny (ville communiste remportée par l'UDI lors des dernières municipales, ndlr) 90 % des enfants du bidonville des Coquetiers sont scolarisés. On peut obtenir des résultats quand les conditions sont favorables", se réjouit le président de cette petite association chargée de favoriser la scolarisation des enfants roms en Seine-Saint-Denis.

Les choses changent en revanche à quelques kilomètres de Bobigny. Ainsi, à Aulnay-sous-Bois, la municipalité socialiste précédente n'aurait pas joué le jeu selon Andrea Caizzi. "En mars, les élus ont demandé une expulsion du campement. Ils ne voulaient pas de bidonville sur leur territoire. Par contre les services de la mairie étaient plus accessibles".

Enfants roms à l'école : pourquoi c'est difficile 

Bien qu'obligatoire, la scolarisation des enfants roms n'est toutefois pas une tâche facile. La raison principale ? L'instabilité de la situation des familles. Plus de quatre personnes interviewées sur cinq lors de l'étude de l'ERC ont été expulsées de leur lieu de vie, subissant en moyenne six expulsions .

"Une famille est expulsée en moyenne deux fois par an. L'instabilité est la première des raisons de la non-scolarisation", confirme Andrea Caizzi. Selon la Ligue des droits de l'Homme (LDH) et l'ERRC, qui souligne notamment les conséquences négatives des expulsions sur la continuité de la scolarité, près de 3.000 Roms ont été évacués au premier trimestre 2014, un chiffre comparable à celui de 2013.

Elus et municipalités ne manquent pas d'argument pour justifier le refus de scolariser les Roms. "Les élus disent qu'ils ne veulent pas d'attaches entre les Roms et la commune", ont souvent entendu Andrea Caizzi et son association. Autre argument brandit : la désorganisation de la vie scolaire en cas d'arrivée de Roms. "S'il y a plus de 10 % d'enfants roms dans les classes les parents demandent à ce que leurs enfants changent de secteur", déclare le président de l'Aset 93. "Quand un enfant arrive en cours d'année cela pose problème, surtout ceux qui ont besoin d'un accompagnement", en convient-il.

Que peut la justice ?

"Certaines mairies font une sorte de résistance passive en faisant traîner les choses, par exemple en demandant des papiers comme les actes de naissance traduits en français", raconte Andrea Caizzi. Des tracasseries administratives qui conduisent souvent les familles d'enfants roms à baisser les bras.

Devant cette situation compliquée, l'ERRC "appelle les autorités françaises à enquêter sur tous les cas signalés de refus d'inscription d'enfants roms à l'école et à engager des sanctions contre les mairies en cause". Les actions en justice sont pourtant rares, note Andrea Caizzi. "Notre association n'a jamais voulu faire d'action en justice car les procédures sont très longues et chères", explique-t-il. Le président d'association, lui, préfère effectuer un travail de terrain parfois couronné de succès, comme à Bobigny.

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