Sivens : après la mort de Rémi Fraisse, la lutte continue

FRANCE
MOBILISATION – Depuis la mort de Rémi Fraisse, 21 ans, ce week-end sur le site du futur barrage de Sivens, la détermination des opposants au projet semble renforcée. Ils estiment qu'il est encore temps stopper les travaux pour sauvegarder la zone humide.

Malgré la mort de Rémi Fraisse, les opposants au barrage de Sivens ne désarment pas. Lundi matin, le campement, où se sont rassemblées ce week-end plusieurs milliers de personnes venues manifester contre le projet porté par le conseil général du Tarn, se réveille lentement.

Les militants, le regard vide, émergent progressivement des dizaines de tentes multicolores installées dans la prairie. La faute au manque de sommeil et aux conditions spartiates d'hébergement. Mais tous ont aussi en tête la mort de leur camarade Rémi Fraisse, 21 ans, tué au lieu-dit "La Bouille" dans la nuit de samedi à dimanche lors des affrontements avec les forces de l'ordre.

"Trainé au sol par les forces de l'ordre"

L'étudiant toulousain originaire de Plaisance-du-Touch était venu manifester avec 7000 autres personnes. "Les gendarmes mobiles tiraient des grenades et des flash-ball. A un moment, on a vu un homme à terre qui était traîné par les forces de l'ordre", raconte un témoin de la scène.

"Ensuite, ils ont éteint les projecteurs qui éclairaient le terrain et tiré encore des grenades qui ont provoqué une fumée dense. On n'y voyait plus rien. Ensuite, j'ai croisé la petite amie de Rémi qui le cherchait partout, c'était horrible !".

"Le pacifisme a ses limites"

Si la plupart sont venus exprimer pacifiquement leur opposition au projet, d'autres voulaient en découdre avec les forces de l'ordre. Selon le procureur d'Albi, Claude Dérens, les gendarmes retranchés dans l'aire de stockage des engins de chantier ont été "attaqués" par une centaine de manifestants violents qui jetaient des cocktails Molotov par-dessus les grillages. "C'est vrai que certains sont ingérables, mais on a besoin d'eux, le pacifisme a ses limites", justifie Christian, un père de famille qui a rejoint la zone depuis un mois. "La lutte continue, on ne lâchera pas !"

Alors que la vallée a largement été déforestée et entamée par le travail des engins de chantier, certains estiment qu'il n'est pas trop tard pour abandonner les travaux, surtout après le décès de Rémi. "Sa mort ne va pas affaiblir le mouvement, elle peut même renforcer le sentiment d'opposition", lancent Sophie et Bénédicte venues spécialement de Bayonne (Pyrénées-Atlantiques). Certains, comme Frédéric, croient même que la nature peut reprendre ses droits dans cette zone humide que les défenseurs de l'environnement ont à cœur de préserver. "Près d'une source, j'ai vu deux libellules qui s'accouplaient, c'est la preuve qu'il n'est pas trop tard !"

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